Difference between revisions of "Volume 1/Book 7/Chapter 3"

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Les Mis&eacute;rables, Volume 1: Fantine, Book seventh: The Champmathieu Affair, Chapter 3: A Tempest in a Skull<br />
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(Tome 1: Fantine, Livre septi&egrave;me: L'affaire Champmathieu, Chapitre 3: Une tempête sous un crâne)
 
 
 
==General notes on this chapter==
 
 
 
==French text==
 
 
 
Le lecteur a sans doute deviné que M. Madeleine n'est autre que Jean Valjean.
 
 
 
Nous avons déjà regardé dans les profondeurs de cette conscience; le moment est venu d'y regarder encore. Nous ne le faisons pas sans émotion et sans tremblement. Il n'existe rien de plus terrifiant que cette sorte de contemplation. L'œil de l'esprit ne peut trouver nulle part plus d'éblouissements ni plus de ténèbres que dans l'homme; il ne peut se fixer sur aucune chose qui soit plus redoutable, plus compliquée, plus mystérieuse et plus infinie. Il y a un spectacle plus grand que la mer, c'est le ciel; il y a un spectacle plus grand que le ciel, c'est l'intérieur de l'âme.
 
 
 
Faire le poème de la conscience humaine, ne fût-ce qu'à propos d'un seul homme, ne fût-ce qu'à propos du plus infime des hommes, ce serait fondre toutes les épopées dans une épopée supérieure et définitive. La conscience, c'est le chaos des chimères, des convoitises et des tentatives, la fournaise des rêves, l'antre des idées dont on a honte; c'est le pandémonium des sophismes, c'est le champ de bataille des passions. À de certaines heures, pénétrez à travers la face livide d'un être humain qui réfléchit, et regardez derrière, regardez dans cette âme, regardez dans cette obscurité. Il y a là, sous le silence extérieur, des combats de géants comme dans Homère, des mêlées de dragons et d'hydres et des nuées de fantômes comme dans Milton, des spirales visionnaires comme chez Dante. Chose sombre que cet infini que tout homme porte en soi et auquel il mesure avec désespoir les volontés de son cerveau et les actions de sa vie!
 
 
 
Alighieri rencontra un jour une sinistre porte devant laquelle il hésita. En voici une aussi devant nous, au seuil de laquelle nous hésitons. Entrons pourtant.
 
 
 
Nous n'avons que peu de chose à ajouter à ce que le lecteur connaît déjà de ce qui était arrivé à Jean Valjean depuis l'aventure de Petit-Gervais. À partir de ce moment, on l'a vu, il fut un autre homme. Ce que l'évêque avait voulu faire de lui, il l'exécuta. Ce fut plus qu'une transformation, ce fut une transfiguration.
 
 
 
Il réussit à disparaître, vendit l'argenterie de l'évêque, ne gardant que les flambeaux, comme souvenir, se glissa de ville en ville, traversa la France, vint à Montreuil-sur-mer, eut l'idée que nous avons dite, accomplit ce que nous avons raconté, parvint à se faire insaisissable et inaccessible, et désormais, établi à Montreuil-sur-mer, heureux de sentir sa conscience attristée par son passé et la première moitié de son existence démentie par la dernière, il vécut paisible, rassuré et espérant, n'ayant plus que deux pensées: cacher son nom, et sanctifier sa vie; échapper aux hommes, et revenir à Dieu.
 
 
 
Ces deux pensées étaient si étroitement mêlées dans son esprit qu'elles n'en formaient qu'une seule; elles étaient toutes deux également absorbantes et impérieuses, et dominaient ses moindres actions. D'ordinaire elles étaient d'accord pour régler la conduite de sa vie; elles le tournaient vers l'ombre; elles le faisaient bienveillant et simple; elles lui conseillaient les mêmes choses. Quelquefois cependant il y avait conflit entre elles. Dans ce cas-là, on s'en souvient, l'homme que tout le pays de Montreuil-sur-mer appelait M. Madeleine ne balançait pas à sacrifier la première à la seconde, sa sécurité à sa vertu. Ainsi, en dépit de toute réserve et de toute prudence, il avait gardé les chandeliers de l'évêque, porté son deuil, appelé et interrogé tous les petits savoyards qui passaient, pris des renseignements sur les familles de Faverolles, et sauvé la vie au vieux Fauchelevent, malgré les inquiétantes insinuations de Javert. Il semblait, nous l'avons déjà remarqué, qu'il pensât, à l'exemple de tous ceux qui ont été sages, saints et justes, que son premier devoir n'était pas envers lui.
 
 
 
Toutefois, il faut le dire, jamais rien de pareil ne s'était encore présenté. Jamais les deux idées qui gouvernaient le malheureux homme dont nous racontons les souffrances n'avaient engagé une lutte si sérieuse. Il le comprit confusément, mais profondément, dès les premières paroles que prononça Javert, en entrant dans son cabinet.
 
 
 
Au moment où fut si étrangement articulé ce nom qu'il avait enseveli sous tant d'épaisseurs, il fut saisi de stupeur et comme enivré par la sinistre bizarrerie de sa destinée, et, à travers cette stupeur, il eut ce tressaillement qui précède les grandes secousses; il se courba comme un chêne à l'approche d'un orage, comme un soldat à l'approche d'un assaut. Il sentit venir sur sa tête des ombres pleines de foudres et d'éclairs. Tout en écoutant parler Javert, il eut une première pensée d'aller, de courir, de se dénoncer, de tirer ce Champmathieu de prison et de s'y mettre; cela fut douloureux et poignant comme une incision dans la chair vive, puis cela passa, et il se dit: «Voyons! voyons!» Il réprima ce premier mouvement généreux et recula devant l'héroïsme.
 
 
 
Sans doute, il serait beau qu'après les saintes paroles de l'évêque, après tant d'années de repentir et d'abnégation, au milieu d'une pénitence admirablement commencée, cet homme, même en présence d'une si terrible conjoncture, n'eût pas bronché un instant et eût continué de marcher du même pas vers ce précipice ouvert au fond duquel était le ciel; cela serait beau, mais cela ne fut pas ainsi. Il faut bien que nous rendions compte des choses qui s'accomplissaient dans cette âme, et nous ne pouvons dire que ce qui y était. Ce qui l'emporta tout d'abord, ce fut l'instinct de la conservation; il rallia en hâte ses idées, étouffa ses émotions, considéra la présence de Javert, ce grand péril, ajourna toute résolution avec la fermeté de l'épouvante, s'étourdit sur ce qu'il y avait à faire, et reprit son calme comme un lutteur ramasse son bouclier.
 
 
 
Le reste de la journée il fut dans cet état, un tourbillon au dedans, une tranquillité profonde au dehors; il ne prit que ce qu'on pourrait appeler «les mesures conservatoires». Tout était encore confus et se heurtait dans son cerveau; le trouble y était tel qu'il ne voyait distinctement la forme d'aucune idée; et lui-même n'aurait pu rien dire de lui-même, si ce n'est qu'il venait de recevoir un grand coup. Il se rendit comme d'habitude près du lit de douleur de Fantine et prolongea sa visite, par un instinct de bonté, se disant qu'il fallait agir ainsi et la bien recommander aux sœurs pour le cas où il arriverait qu'il eût à s'absenter. Il sentit vaguement qu'il faudrait peut-être aller à Arras, et, sans être le moins du monde décidé à ce voyage, il se dit qu'à l'abri de tout soupçon comme il l'était, il n'y avait point d'inconvénient à être témoin de ce qui se passerait, et il retint le tilbury de Scaufflaire, afin d'être préparé à tout événement.
 
 
 
Il dîna avec assez d'appétit.
 
 
 
Rentré dans sa chambre il se recueillit.
 
 
 
Il examina la situation et la trouva inouïe; tellement inouïe qu'au milieu de sa rêverie, par je ne sais quelle impulsion d'anxiété presque inexplicable, il se leva de sa chaise et ferma sa porte au verrou. Il craignait qu'il n'entrât encore quelque chose. Il se barricadait contre le possible.
 
 
 
Un moment après il souffla sa lumière. Elle le gênait.
 
 
 
Il lui semblait qu'on pouvait le voir.
 
 
 
Qui, on?
 
 
 
Hélas! ce qu'il voulait mettre à la porte était entré ce qu'il voulait aveugler, le regardait. Sa conscience.
 
 
 
Sa conscience, c'est-à-dire Dieu.
 
 
 
Pourtant, dans le premier moment, il se fit illusion; il eut un sentiment de sûreté et de solitude; le verrou tiré, il se crut imprenable; la chandelle éteinte, il se sentit invisible. Alors il prit possession de lui-même; il posa ses coudes sur la table, appuya la tête sur sa main, et se mit à songer dans les ténèbres.
 
 
 
—Où en suis-je?—Est-ce que je ne rêve pas? Que m'a-t-on dit?—Est-il bien vrai que j'aie vu ce Javert et qu'il m'ait parlé ainsi?—Que peut être ce Champmathieu?—Il me ressemble donc?—Est-ce possible?—Quand je pense qu'hier j'étais si tranquille et si loin de me douter de rien!—Qu'est-ce que je faisais donc hier à pareille heure?—Qu'y a-t-il dans cet incident?—Comment se dénouera-t-il?—Que faire?
 
 
 
Voilà dans quelle tourmente il était. Son cerveau avait perdu la force de retenir ses idées, elles passaient comme des ondes, et il prenait son front dans ses deux mains pour les arrêter.
 
 
 
De ce tumulte qui bouleversait sa volonté et sa raison, et dont il cherchait à tirer une évidence et une résolution, rien ne se dégageait que l'angoisse.
 
 
 
Sa tête était brûlante. Il alla à la fenêtre et l'ouvrit toute grande. Il n'y avait pas d'étoiles au ciel. Il revint s'asseoir près de la table.
 
 
 
La première heure s'écoula ainsi.
 
 
 
Peu à peu cependant des linéaments vagues commencèrent à se former et à se fixer dans sa méditation, et il put entrevoir avec la précision de la réalité, non l'ensemble de la situation, mais quelques détails.
 
 
 
Il commença par reconnaître que, si extraordinaire et si critique que fût cette situation, il en était tout à fait le maître.
 
 
 
Sa stupeur ne fit que s'en accroître.
 
 
 
Indépendamment du but sévère et religieux que se proposaient ses actions, tout ce qu'il avait fait jusqu'à ce jour n'était autre chose qu'un trou qu'il creusait pour y enfouir son nom. Ce qu'il avait toujours le plus redouté, dans ses heures de repli sur lui-même, dans ses nuits d'insomnie, c'était d'entendre jamais prononcer ce nom; il se disait que ce serait là pour lui la fin de tout; que le jour où ce nom reparaîtrait, il ferait évanouir autour de lui sa vie nouvelle, et qui sait même peut-être? au dedans de lui sa nouvelle âme. Il frémissait de la seule pensée que c'était possible. Certes, si quelqu'un lui eût dit en ces moments-là qu'une heure viendrait où ce nom retentirait à son oreille, où ce hideux mot, Jean Valjean, sortirait tout à coup de la nuit et se dresserait devant lui, où cette lumière formidable faite pour dissiper le mystère dont il s'enveloppait resplendirait subitement sur sa tête; et que ce nom ne le menacerait pas, que cette lumière ne produirait qu'une obscurité plus épaisse, que ce voile déchiré accroîtrait le mystère; que ce tremblement de terre consoliderait son édifice, que ce prodigieux incident n'aurait d'autre résultat, si bon lui semblait, à lui, que de rendre son existence à la fois plus claire et plus impénétrable, et que, de sa confrontation avec le fantôme de Jean Valjean, le bon et digne bourgeois monsieur Madeleine sortirait plus honoré, plus paisible et plus respecté que jamais,—si quelqu'un lui eût dit cela, il eût hoché la tête et regardé ces paroles comme insensées. Eh bien! tout cela venait précisément d'arriver, tout cet entassement de l'impossible était un fait, et Dieu avait permis que ces choses folles devinssent des choses réelles!
 
 
 
Sa rêverie continuait de s'éclaircir. Il se rendait de plus en plus compte de sa position. Il lui semblait qu'il venait de s'éveiller de je ne sais quel sommeil, et qu'il se trouvait glissant sur une pente au milieu de la nuit, debout, frissonnant, reculant en vain, sur le bord extrême d'un abîme. Il entrevoyait distinctement dans l'ombre un inconnu, un étranger, que la destinée prenait pour lui et poussait dans le gouffre à sa place. Il fallait, pour que le gouffre se refermât, que quelqu'un y tombât, lui ou l'autre.
 
 
 
Il n'avait qu'à laisser faire.
 
 
 
La clarté devint complète, et il s'avoua ceci:—Que sa place était vide aux galères, qu'il avait beau faire, qu'elle l'y attendait toujours, que le vol de Petit-Gervais l'y ramenait, que cette place vide l'attendrait et l'attirerait jusqu'à ce qu'il y fût, que cela était inévitable et fatal.—Et puis il se dit:—Qu'en ce moment il avait un remplaçant, qu'il paraissait qu'un nommé Champmathieu avait cette mauvaise chance, et que, quant à lui, présent désormais au bagne dans la personne de ce Champmathieu, présent dans la société sous le nom de M. Madeleine, il n'avait plus rien à redouter, pourvu qu'il n'empêchât pas les hommes de sceller sur la tête de ce Champmathieu cette pierre de l'infamie qui, comme la pierre du sépulcre, tombe une fois et ne se relève jamais.
 
 
 
Tout cela était si violent et si étrange qu'il se fit soudain en lui cette espèce de mouvement indescriptible qu'aucun homme n'éprouve plus de deux ou trois fois dans sa vie, sorte de convulsion de la conscience qui remue tout ce que le cœur a de douteux, qui se compose d'ironie, de joie et de désespoir, et qu'on pourrait appeler un éclat de rire intérieur.
 
 
 
Il ralluma brusquement sa bougie.
 
 
 
—Eh bien quoi! se dit-il, de quoi est-ce que j'ai peur? qu'est-ce que j'ai à songer comme cela? Me voilà sauvé. Tout est fini. Je n'avais plus qu'une porte entr'ouverte par laquelle mon passé pouvait faire irruption dans ma vie; cette porte, la voilà murée! à jamais! Ce Javert qui me trouble depuis si longtemps, ce redoutable instinct qui semblait m'avoir deviné, qui m'avait deviné, pardieu! et qui me suivait partout, cet affreux chien de chasse toujours en arrêt sur moi, le voilà dérouté, occupé ailleurs, absolument dépisté! Il est satisfait désormais, il me laissera tranquille, il tient son Jean Valjean! Qui sait même, il est probable qu'il voudra quitter la ville! Et tout cela s'est fait sans moi! Et je n'y suis pour rien! Ah çà, mais! qu'est-ce qu'il y a de malheureux dans ceci? Des gens qui me verraient, parole d'honneur! croiraient qu'il m'est arrivé une catastrophe! Après tout, s'il y a du mal pour quelqu'un, ce n'est aucunement de ma faute. C'est la providence qui a tout fait. C'est qu'elle veut cela apparemment!
 
 
 
Ai-je le droit de déranger ce qu'elle arrange? Qu'est-ce que je demande à présent? De quoi est-ce que je vais me mêler? Cela ne me regarde pas. Comment! je ne suis pas content! Mais qu'est-ce qu'il me faut donc? Le but auquel j'aspire depuis tant d'années, le songe de mes nuits, l'objet de mes prières au ciel, la sécurité, je l'atteins! C'est Dieu qui le veut. Je n'ai rien à faire contre la volonté de Dieu. Et pourquoi Dieu le veut-il? Pour que je continue ce que j'ai commencé, pour que je fasse le bien, pour que je sois un jour un grand et encourageant exemple, pour qu'il soit dit qu'il y a eu enfin un peu de bonheur attaché à cette pénitence que j'ai subie et à cette vertu où je suis revenu! Vraiment je ne comprends pas pourquoi j'ai eu peur tantôt d'entrer chez ce brave curé et de tout lui raconter comme à un confesseur, et de lui demander conseil, c'est évidemment là ce qu'il m'aurait dit. C'est décidé, laissons aller les choses! laissons faire le bon Dieu!
 
 
 
Il se parlait ainsi dans les profondeurs de sa conscience, penché sur ce qu'on pourrait appeler son propre abîme. Il se leva de sa chaise, et se mit à marcher dans la chambre.—Allons, dit-il, n'y pensons plus. Voilà une résolution prise!—Mais il ne sentit aucune joie.
 
 
 
Au contraire.
 
 
 
On n'empêche pas plus la pensée de revenir à une idée que la mer de revenir à un rivage. Pour le matelot, cela s'appelle la marée; pour le coupable, cela s'appelle le remords. Dieu soulève l'âme comme l'océan.
 
 
 
Au bout de peu d'instants, il eut beau faire, il reprit ce sombre dialogue dans lequel c'était lui qui parlait et lui qui écoutait, disant ce qu'il eût voulu taire, écoutant ce qu'il n'eût pas voulu entendre, cédant à cette puissance mystérieuse qui lui disait: pense! comme elle disait il y a deux mille ans à un autre condamné, marche!
 
 
 
Avant d'aller plus loin et pour être pleinement compris, insistons sur une observation nécessaire.
 
 
 
Il est certain qu'on se parle à soi-même, il n'est pas un être pensant qui ne l'ait éprouvé. On peut dire même que le verbe n'est jamais un plus magnifique mystère que lorsqu'il va, dans l'intérieur d'un homme, de la pensée à la conscience et qu'il retourne de la conscience à la pensée. C'est dans ce sens seulement qu'il faut entendre les mots souvent employés dans ce chapitre, il dit, il s'écria. On se dit, on se parle, on s'écrie en soi-même, sans que le silence extérieur soit rompu. Il y a un grand tumulte; tout parle en nous, excepté la bouche. Les réalités de l'âme, pour n'être point visibles et palpables, n'en sont pas moins des réalités.
 
 
 
Il se demanda donc où il en était. Il s'interrogea sur cette «résolution prise». Il se confessa à lui-même que tout ce qu'il venait d'arranger dans son esprit était monstrueux, que «laisser aller les choses, laisser faire le bon Dieu», c'était tout simplement horrible. Laisser s'accomplir cette méprise de la destinée et des hommes, ne pas l'empêcher, s'y prêter par son silence, ne rien faire enfin, c'était faire tout! c'était le dernier degré de l'indignité hypocrite! c'était un crime bas, lâche, sournois, abject, hideux!
 
 
 
Pour la première fois depuis huit années, le malheureux homme venait de sentir la saveur amère d'une mauvaise pensée et d'une mauvaise action.
 
 
 
Il la recracha avec dégoût.
 
 
 
Il continua de se questionner. Il se demanda sévèrement ce qu'il avait entendu par ceci: "Mon but est atteint!" Il se déclara que sa vie avait un but en effet. Mais quel but? cacher son nom? tromper la police? Était-ce pour une chose si petite qu'il avait fait tout ce qu'il avait fait? Est-ce qu'il n'avait pas un autre but, qui était le grand, qui était le vrai? Sauver, non sa personne, mais son âme. Redevenir honnête et bon. Être un juste! est-ce que ce n'était pas là surtout, là uniquement, ce qu'il avait toujours voulu, ce que l'évêque lui avait ordonné?—Fermer la porte à son passé? Mais il ne la fermait pas, grand Dieu! il la rouvrait en faisant une action infâme! mais il redevenait un voleur, et le plus odieux des voleurs! il volait à un autre son existence, sa vie, sa paix, sa place au soleil! il devenait un assassin! il tuait, il tuait moralement un misérable homme, il lui infligeait cette affreuse mort vivante, cette mort à ciel ouvert, qu'on appelle le bagne! Au contraire, se livrer, sauver cet homme frappé d'une si lugubre erreur, reprendre son nom, redevenir par devoir le forçat Jean Valjean, c'était là vraiment achever sa résurrection, et fermer à jamais l'enfer d'où il sortait! Y retomber en apparence, c'était en sortir en réalité! Il fallait faire cela! il n'avait rien fait s'il ne faisait pas cela! toute sa vie était inutile, toute sa pénitence était perdue, et il n'y avait plus qu'à dire: à quoi bon? Il sentait que l'évêque était là, que l'évêque était d'autant plus présent qu'il était mort, que l'évêque le regardait fixement, que désormais le maire Madeleine avec toutes ses vertus lui serait abominable, et que le galérien Jean Valjean serait admirable et pur devant lui. Que les hommes voyaient son masque, mais que l'évêque voyait sa face. Que les hommes voyaient sa vie, mais que l'évêque voyait sa conscience. Il fallait donc aller à Arras, délivrer le faux Jean Valjean, dénoncer le véritable! Hélas! c'était là le plus grand des sacrifices, la plus poignante des victoires, le dernier pas à franchir; mais il le fallait. Douloureuse destinée! il n'entrerait dans la sainteté aux yeux de Dieu que s'il rentrait dans l'infamie aux yeux des hommes!
 
 
 
—Eh bien, dit-il, prenons ce parti! faisons notre devoir! sauvons cet homme!
 
 
 
Il prononça ces paroles à haute voix, sans s'apercevoir qu'il parlait tout haut.
 
 
 
Il prit ses livres, les vérifia et les mit en ordre. Il jeta au feu une liasse de créances qu'il avait sur de petits commerçants gênés. Il écrivit une lettre qu'il cacheta et sur l'enveloppe de laquelle on aurait pu lire, s'il y avait eu quelqu'un dans sa chambre en cet instant: À Monsieur Laffitte, banquier, rue d'Artois, à Paris.
 
 
 
Il tira d'un secrétaire un portefeuille qui contenait quelques billets de banque et le passeport dont il s'était servi cette même année pour aller aux élections.
 
 
 
Qui l'eût vu pendant qu'il accomplissait ces divers actes auxquels se mêlait une méditation si grave, ne se fût pas douté de ce qui se passait en lui. Seulement par moments ses lèvres remuaient; dans d'autres instants il relevait la tête et fixait son regard sur un point quelconque de la muraille, comme s'il y avait précisément là quelque chose qu'il voulait éclaircir ou interroger.
 
 
 
La lettre à M. Laffitte terminée, il la mit dans sa poche ainsi que le portefeuille, et recommença à marcher.
 
 
 
Sa rêverie n'avait point dévié. Il continuait de voir clairement son devoir écrit en lettres lumineuses qui flamboyaient devant ses yeux et se déplaçaient avec son regard:—Va! nomme-toi! dénonce-toi!
 
 
 
Il voyait de même, et comme si elles se fussent mues devant lui avec des formes sensibles, les deux idées qui avaient été jusque-là la double règle de sa vie: cacher son nom, sanctifier son âme. Pour la première fois, elles lui apparaissaient absolument distinctes, et il voyait la différence qui les séparait. Il reconnaissait que l'une de ces idées était nécessairement bonne, tandis que l'autre pouvait devenir mauvaise; que celle-là était le dévouement et que celle-ci était la personnalité; que l'une disait: le prochain, et que l'autre disait: moi; que l'une venait de la lumière et que l'autre venait de la nuit.
 
 
 
Elles se combattaient, il les voyait se combattre. À mesure qu'il songeait, elles avaient grandi devant l'œil de son esprit; elles avaient maintenant des statures colossales; et il lui semblait qu'il voyait lutter au dedans de lui-même, dans cet infini dont nous parlions tout à l'heure, au milieu des obscurités et des lueurs, une déesse et une géante.
 
 
 
Il était plein d'épouvante, mais il lui semblait que la bonne pensée l'emportait.
 
 
 
Il sentait qu'il touchait à l'autre moment décisif de sa conscience et de sa destinée; que l'évêque avait marqué la première phase de sa vie nouvelle, et que ce Champmathieu en marquait la seconde. Après la grande crise, la grande épreuve.
 
 
 
Cependant la fièvre, un instant apaisée, lui revenait peu à peu. Mille pensées le traversaient, mais elles continuaient de le fortifier dans sa résolution.
 
 
 
Un moment il s'était dit:—qu'il prenait peut-être la chose trop vivement, qu'après tout ce Champmathieu n'était pas intéressant, qu'en somme il avait volé.
 
 
 
Il se répondit:—Si cet homme a en effet volé quelques pommes, c'est un mois de prison. Il y a loin de là aux galères. Et qui sait même? a-t-il volé? est-ce prouvé? Le nom de Jean Valjean l'accable et semble dispenser de preuves. Les procureurs du roi n'agissent-ils pas habituellement ainsi? On le croit voleur, parce qu'on le sait forçat.
 
 
 
Dans un autre instant, cette idée lui vint que, lorsqu'il se serait dénoncé, peut-être on considérerait l'héroïsme de son action, et sa vie honnête depuis sept ans, et ce qu'il avait fait pour le pays, et qu'on lui ferait grâce.
 
 
 
Mais cette supposition s'évanouit bien vite, et il sourit amèrement en songeant que le vol des quarante sous à Petit-Gervais le faisait récidiviste, que cette affaire reparaîtrait certainement et, aux termes précis de la loi, le ferait passible des travaux forcés à perpétuité.
 
 
 
Il se détourna de toute illusion, se détacha de plus en plus de la terre et chercha la consolation et la force ailleurs. Il se dit qu'il fallait faire son devoir; que peut-être même ne serait-il pas plus malheureux après avoir fait son devoir qu'après l'avoir éludé; que s'il laissait faire, s'il restait à Montreuil-sur-mer, sa considération, sa bonne renommée, ses bonnes œuvres, la déférence, la vénération, sa charité, sa richesse, sa popularité, sa vertu, seraient assaisonnées d'un crime; et quel goût auraient toutes ces choses saintes liées à cette chose hideuse! tandis que, s'il accomplissait son sacrifice, au bagne, au poteau, au carcan, au bonnet vert, au travail sans relâche, à la honte sans pitié, il se mêlerait une idée céleste!
 
 
 
Enfin il se dit qu'il y avait nécessité, que sa destinée était ainsi faite, qu'il n'était pas maître de déranger les arrangements d'en haut, que dans tous les cas il fallait choisir: ou la vertu au dehors et l'abomination au dedans, ou la sainteté au dedans et l'infamie au dehors.
 
 
 
À remuer tant d'idées lugubres, son courage ne défaillait pas, mais son cerveau se fatiguait. Il commençait à penser malgré lui à d'autres choses, à des choses indifférentes. Ses artères battaient violemment dans ses tempes. Il allait et venait toujours. Minuit sonna d'abord à la paroisse, puis à la maison de ville. Il compta les douze coups aux deux horloges, et il compara le son des deux cloches. Il se rappela à cette occasion que quelques jours auparavant il avait vu chez un marchand de ferrailles une vieille cloche à vendre sur laquelle ce nom était écrit: Antoine Albin de Romainville.
 
 
 
Il avait froid. Il alluma un peu de feu. Il ne songea pas à fermer la fenêtre.
 
 
 
Cependant il était retombé dans sa stupeur. Il lui fallait faire un assez grand effort pour se rappeler à quoi il songeait avant que minuit sonnât. Il y parvint enfin.
 
 
 
—Ah! oui, se dit-il, j'avais pris la résolution de me dénoncer.
 
 
 
Et puis tout à coup il pensa à la Fantine.
 
 
 
—Tiens! dit-il, et cette pauvre femme!
 
 
 
Ici une crise nouvelle se déclara.
 
 
 
Fantine, apparaissant brusquement dans sa rêverie, y fut comme un rayon d'une lumière inattendue. Il lui sembla que tout changeait d'aspect autour de lui, il s'écria:
 
 
 
—Ah çà, mais! jusqu'ici je n'ai considéré que moi! je n'ai eu égard qu'à ma convenance! Il me convient de me taire ou de me dénoncer,—cacher ma personne ou sauver mon âme,—être un magistrat méprisable et respecté ou un galérien infâme et vénérable, c'est moi, c'est toujours moi, ce n'est que moi! Mais, mon Dieu, c'est de l'égoïsme tout cela! Ce sont des formes diverses de l'égoïsme, mais c'est de l'égoïsme! Si je songeais un peu aux autres? La première sainteté est de penser à autrui. Voyons, examinons. Moi excepté, moi effacé, moi oublié, qu'arrivera-t-il de tout ceci?—Si je me dénonce? on me prend. On lâche ce Champmathieu, on me remet aux galères, c'est bien. Et puis? Que se passe-t-il ici? Ah! ici, il y a un pays, une ville, des fabriques, une industrie, des ouvriers, des hommes, des femmes, des vieux grands-pères, des enfants, des pauvres gens! J'ai créé tout ceci, je fais vivre tout cela; partout où il y a une cheminée qui fume, c'est moi qui ai mis le tison dans le feu et la viande dans la marmite; j'ai fait l'aisance, la circulation, le crédit; avant moi il n'y avait rien; j'ai relevé, vivifié, animé, fécondé, stimulé, enrichi tout le pays; moi de moins, c'est l'âme de moins. Je m'ôte, tout meurt.—Et cette femme qui a tant souffert, qui a tant de mérites dans sa chute, dont j'ai causé sans le vouloir tout le malheur! Et cet enfant que je voulais aller chercher, que j'ai promis à la mère! Est-ce que je ne dois pas aussi quelque chose à cette femme, en réparation du mal que je lui ai fait? Si je disparais, qu'arrive-t-il? La mère meurt. L'enfant devient ce qu'il peut. Voilà ce qui se passe, si je me dénonce.—Si je ne me dénonce pas? Voyons, si je ne me dénonce pas? Après s'être fait cette question, il s'arrêta; il eut comme un moment d'hésitation et de tremblement; mais ce moment dura peu, et il se répondit avec calme:
 
 
 
—Eh bien, cet homme va aux galères, c'est vrai, mais, que diable! il a volé! J'ai beau me dire qu'il n'a pas volé, il a volé! Moi, je reste ici, je continue. Dans dix ans j'aurai gagné dix millions, je les répands dans le pays, je n'ai rien à moi, qu'est-ce que cela me fait? Ce n'est pas pour moi ce que je fais! La prospérité de tous va croissant, les industries s'éveillent et s'excitent, les manufactures et les usines se multiplient, les familles, cent familles, mille familles! sont heureuses; la contrée se peuple; il naît des villages où il n'y a que des fermes, il naît des fermes où il n'y a rien; la misère disparaît, et avec la misère disparaissent la débauche, la prostitution, le vol, le meurtre, tous les vices, tous les crimes! Et cette pauvre mère élève son enfant! et voilà tout un pays riche et honnête! Ah çà, j'étais fou, j'étais absurde, qu'est-ce que je parlais donc de me dénoncer? Il faut faire attention, vraiment, et ne rien précipiter. Quoi! parce qu'il m'aura plu de faire le grand et le généreux,—c'est du mélodrame, après tout!—parce que je n'aurai songé qu'à moi, qu'à moi seul, quoi! pour sauver d'une punition peut-être un peu exagérée, mais juste au fond, on ne sait qui, un voleur, un drôle évidemment, il faudra que tout un pays périsse! il faudra qu'une pauvre femme crève à l'hôpital! qu'une pauvre petite fille crève sur le pavé! comme des chiens! Ah! mais c'est abominable! Sans même que la mère ait revu son enfant! sans que l'enfant ait presque connu sa mère! Et tout ça pour ce vieux gredin de voleur de pommes qui, à coup sûr, a mérité les galères pour autre chose, si ce n'est pour cela! Beaux scrupules qui sauvent un coupable et qui sacrifient des innocents, qui sauvent un vieux vagabond, lequel n'a plus que quelques années à vivre au bout du compte et ne sera guère plus malheureux au bagne que dans sa masure, et qui sacrifient toute une population, mères, femmes, enfants! Cette pauvre petite Cosette qui n'a que moi au monde et qui est sans doute en ce moment toute bleue de froid dans le bouge de ces Thénardier! Voilà encore des canailles ceux-là! Et je manquerais à mes devoirs envers tous ces pauvres êtres! Et je m'en irais me dénoncer! Et je ferais cette inepte sottise! Mettons tout au pis. Supposons qu'il y ait une mauvaise action pour moi dans ceci et que ma conscience me la reproche un jour, accepter, pour le bien d'autrui, ces reproches qui ne chargent que moi, cette mauvaise action qui ne compromet que mon âme, c'est là qu'est le dévouement, c'est là qu'est la vertu.
 
 
 
Il se leva, il se remit à marcher. Cette fois il lui semblait qu'il était content. On ne trouve les diamants que dans les ténèbres de la terre; on ne trouve les vérités que dans les profondeurs de la pensée. Il lui semblait qu'après être descendu dans ces profondeurs, après avoir longtemps tâtonné au plus noir de ces ténèbres, il venait enfin de trouver un de ces diamants, une de ces vérités, et qu'il la tenait dans sa main; et il s'éblouissait à la regarder.
 
 
 
—Oui, pensa-t-il, c'est cela. Je suis dans le vrai. J'ai la solution. Il faut finir par s'en tenir à quelque chose. Mon parti est pris. Laissons faire! Ne vacillons plus, ne reculons plus. Ceci est dans l'intérêt de tous, non dans le mien. Je suis Madeleine, je reste Madeleine. Malheur à celui qui est Jean Valjean! Ce n'est plus moi. Je ne connais pas cet homme, je ne sais plus ce que c'est, s'il se trouve que quelqu'un est Jean Valjean à cette heure, qu'il s'arrange! cela ne me regarde pas. C'est un nom de fatalité qui flotte dans la nuit, s'il s'arrête et s'abat sur une tête, tant pis pour elle!
 
 
 
Il se regarda dans le petit miroir qui était sur sa cheminée, et dit:
 
 
 
—Tiens! cela m'a soulagé de prendre une résolution! Je suis tout autre à présent.
 
 
 
Il marcha encore quelques pas, puis il s'arrêta court:
 
 
 
—Allons! dit-il, il ne faut hésiter devant aucune des conséquences de la résolution prise. Il y a encore des fils qui m'attachent à ce Jean Valjean. Il faut les briser! Il y a ici, dans cette chambre même, des objets qui m'accuseraient, des choses muettes qui seraient des témoins, c'est dit, il faut que tout cela disparaisse.
 
 
 
Il fouilla dans sa poche, en tira sa bourse, l'ouvrit, et y prit une petite clef.
 
 
 
Il introduisit cette clef dans une serrure dont on voyait à peine le trou, perdu qu'il était dans les nuances les plus sombres du dessin qui couvrait le papier collé sur le mur. Une cachette s'ouvrit, une espèce de fausse armoire ménagée entre l'angle de la muraille et le manteau de la cheminée. Il n'y avait dans cette cachette que quelques guenilles, un sarrau de toile bleue, un vieux pantalon, un vieux havresac, et un gros bâton d'épine ferré aux deux bouts. Ceux qui avaient vu Jean Valjean à l'époque où il traversait Digne, en octobre 1815, eussent aisément reconnu toutes les pièces de ce misérable accoutrement.
 
 
 
Il les avait conservées comme il avait conservé les chandeliers d'argent, pour se rappeler toujours son point de départ. Seulement il cachait ceci qui venait du bagne, et il laissait voir les flambeaux qui venaient de l'évêque.
 
 
 
Il jeta un regard furtif vers la porte, comme s'il eût craint qu'elle ne s'ouvrît malgré le verrou qui la fermait; puis d'un mouvement vif et brusque et d'une seule brassée, sans même donner un coup d'œil à ces choses qu'il avait si religieusement et si périlleusement gardées pendant tant d'années, il prit tout, haillons, bâton, havresac, et jeta tout au feu. Il referma la fausse armoire, et, redoublant de précautions, désormais inutiles puisqu'elle était vide, en cacha la porte derrière un gros meuble qu'il y poussa.
 
 
 
Au bout de quelques secondes, la chambre et le mur d'en face furent éclairés d'une grande réverbération rouge et tremblante. Tout brûlait. Le bâton d'épine pétillait et jetait des étincelles jusqu'au milieu de la chambre.
 
 
 
Le havresac, en se consumant avec d'affreux chiffons qu'il contenait, avait mis à nu quelque chose qui brillait dans la cendre. En se penchant, on eût aisément reconnu une pièce d'argent. Sans doute la pièce de quarante sous volée au petit savoyard.
 
 
 
Lui ne regardait pas le feu et marchait, allant et venant toujours du même pas.
 
 
 
Tout à coup ses yeux tombèrent sur les deux flambeaux d'argent que la réverbération faisait reluire vaguement sur la cheminée.
 
 
 
—Tiens! pensa-t-il, tout Jean Valjean est encore là-dedans. Il faut aussi détruire cela.
 
 
 
Il prit les deux flambeaux.
 
 
 
Il y avait assez de feu pour qu'on pût les déformer promptement et en faire une sorte de lingot méconnaissable.
 
 
 
Il se pencha sur le foyer et s'y chauffa un instant. Il eut un vrai bien-être.—La bonne chaleur! dit-il.
 
 
 
Il remua le brasier avec un des deux chandeliers. Une minute de plus, et ils étaient dans le feu. En ce moment il lui sembla qu'il entendait une voix qui criait au dedans de lui:
 
 
 
—Jean Valjean! Jean Valjean!
 
 
 
Ses cheveux se dressèrent, il devint comme un homme qui écoute une chose terrible.
 
 
 
—Oui, c'est cela, achève! disait la voix. Complète ce que tu fais! détruis ces flambeaux! anéantis ce souvenir! oublie l'évêque! oublie tout! perds ce Champmathieu! va, c'est bien. Applaudis-toi! Ainsi, c'est convenu, c'est résolu, c'est dit, voilà un homme, voilà un vieillard qui ne sait ce qu'on lui veut, qui n'a rien fait peut-être, un innocent, dont ton nom fait tout le malheur, sur qui ton nom pèse comme un crime, qui va être pris pour toi, qui va être condamné, qui va finir ses jours dans l'abjection et dans l'horreur! c'est bien. Sois honnête homme, toi. Reste monsieur le maire, reste honorable et honoré, enrichis la ville, nourris des indigents, élève des orphelins, vis heureux, vertueux et admiré, et pendant ce temps-là, pendant que tu seras ici dans la joie et dans la lumière, il y aura quelqu'un qui aura ta casaque rouge, qui portera ton nom dans l'ignominie et qui traînera ta chaîne au bagne! Oui, c'est bien arrangé ainsi! Ah! misérable!
 
 
 
La sueur lui coulait du front. Il attachait sur les flambeaux un œil hagard. Cependant ce qui parlait en lui n'avait pas fini. La voix continuait:
 
 
 
—Jean Valjean! il y aura autour de toi beaucoup de voix qui feront un grand bruit, qui parleront bien haut, et qui te béniront, et une seule que personne n'entendra et qui te maudira dans les ténèbres. Eh bien! écoute, infâme! toutes ces bénédictions retomberont avant d'arriver au ciel, et il n'y aura que la malédiction qui montera jusqu'à Dieu! Cette voix, d'abord toute faible et qui s'était élevée du plus obscur de sa conscience, était devenue par degrés éclatante et formidable, et il l'entendait maintenant à son oreille. Il lui semblait qu'elle était sortie de lui-même et qu'elle parlait à présent en dehors de lui. Il crut entendre les dernières paroles si distinctement qu'il regarda dans la chambre avec une sorte de terreur.
 
 
 
—Y a-t-il quelqu'un ici? demanda-t-il à haute voix, et tout égaré.
 
 
 
Puis il reprit avec un rire qui ressemblait au rire d'un idiot:
 
 
 
—Que je suis bête! il ne peut y avoir personne.
 
 
 
Il y avait quelqu'un; mais celui qui y était n'était pas de ceux que l'œil humain peut voir.
 
 
 
Il posa les flambeaux sur la cheminée.
 
 
 
Alors il reprit cette marche monotone et lugubre qui troublait dans ses rêves et réveillait en sursaut l'homme endormi au-dessous de lui.
 
 
 
Cette marche le soulageait et l'enivrait en même temps. Il semble que parfois dans les occasions suprêmes on se remue pour demander conseil à tout ce qu'on peut rencontrer en se déplaçant. Au bout de quelques instants il ne savait plus où il en était.
 
 
 
Il reculait maintenant avec une égale épouvante devant les deux résolutions qu'il avait prises tour à tour. Les deux idées qui le conseillaient lui paraissaient aussi funestes l'une que l'autre.—Quelle fatalité! quelle rencontre que ce Champmathieu pris pour lui! Être précipité justement par le moyen que la providence paraissait d'abord avoir employé pour l'affermir!
 
 
 
Il y eut un moment où il considéra l'avenir. Se dénoncer, grand Dieu! se livrer! Il envisagea avec un immense désespoir tout ce qu'il faudrait quitter, tout ce qu'il faudrait reprendre. Il faudrait donc dire adieu à cette existence si bonne, si pure, si radieuse, à ce respect de tous, à l'honneur, à la liberté! Il n'irait plus se promener dans les champs, il n'entendrait plus chanter les oiseaux au mois de mai, il ne ferait plus l'aumône aux petits enfants! Il ne sentirait plus la douceur des regards de reconnaissance et d'amour fixés sur lui! Il quitterait cette maison qu'il avait bâtie, cette chambre, cette petite chambre! Tout lui paraissait charmant à cette heure. Il ne lirait plus dans ces livres, il n'écrirait plus sur cette petite table de bois blanc! Sa vieille portière, la seule servante qu'il eût, ne lui monterait plus son café le matin. Grand Dieu! au lieu de cela, la chiourme, le carcan, la veste rouge, la chaîne au pied, la fatigue, le cachot, le lit de camp, toutes ces horreurs connues! À son âge, après avoir été ce qu'il était! Si encore il était jeune! Mais, vieux, être tutoyé par le premier venu, être fouillé par le garde-chiourme, recevoir le coup de bâton de l'argousin! avoir les pieds nus dans des souliers ferrés! tendre matin et soir sa jambe au marteau du rondier qui visite la manille! subir la curiosité des étrangers auxquels on dirait: Celui-là, c'est le fameux Jean Valjean, qui a été maire à Montreuil-sur-mer! Le soir, ruisselant de sueur, accablé de lassitude, le bonnet vert sur les yeux, remonter deux à deux, sous le fouet du sergent, l'escalier-échelle du bagne flottant! Oh! quelle misère! La destinée peut-elle donc être méchante comme un être intelligent et devenir monstrueuse comme le cœur humain!
 
 
 
Et, quoi qu'il fît, il retombait toujours sur ce poignant dilemme qui était au fond de sa rêverie:—rester dans le paradis, et y devenir démon! rentrer dans l'enfer, et y devenir ange!
 
 
 
Que faire, grand Dieu! que faire?
 
 
 
La tourmente dont il était sorti avec tant de peine se déchaîna de nouveau en lui. Ses idées recommencèrent à se mêler. Elles prirent ce je ne sais quoi de stupéfié et de machinal qui est propre au désespoir. Ce nom de Romainville lui revenait sans cesse à l'esprit avec deux vers d'une chanson qu'il avait entendue autrefois. Il songeait que Romainville est un petit bois près Paris où les jeunes gens amoureux vont cueillir des lilas au mois d'avril.
 
 
 
Il chancelait au dehors comme au dedans. Il marchait comme un petit enfant qu'on laisse aller seul.
 
 
 
À de certains moments, luttant contre sa lassitude, il faisait effort pour ressaisir son intelligence. Il tâchait de se poser une dernière fois, et définitivement, le problème sur lequel il était en quelque sorte tombé d'épuisement. Faut-il se dénoncer? Faut-il se taire?—Il ne réussissait à rien voir de distinct. Les vagues aspects de tous les raisonnements ébauchés par sa rêverie tremblaient et se dissipaient l'un après l'autre en fumée. Seulement il sentait que, à quelque parti qu'il s'arrêtât, nécessairement, et sans qu'il fût possible d'y échapper, quelque chose de lui allait mourir; qu'il entrait dans un sépulcre à droite comme à gauche; qu'il accomplissait une agonie, l'agonie de son bonheur ou l'agonie de sa vertu.
 
 
 
Hélas! toutes ses irrésolutions l'avaient repris. Il n'était pas plus avancé qu'au commencement.
 
 
 
Ainsi se débattait sous l'angoisse cette malheureuse âme. Dix-huit cents ans avant cet homme infortuné, l'être mystérieux, en qui se résument toutes les saintetés et toutes les souffrances de l'humanité, avait aussi lui, pendant que les oliviers frémissaient au vent farouche de l'infini, longtemps écarté de la main l'effrayant calice qui lui apparaissait ruisselant d'ombre et débordant de ténèbres dans des profondeurs pleines d'étoiles.
 
 
 
==English text==
 
 
 
The reader has, no doubt, already divined that M. Madeleine is no other than Jean Valjean.
 
 
 
We have already gazed into the depths of this conscience; the moment has now come when we must take another look into it. We do so not without emotion and trepidation. There is nothing more terrible in existence than this sort of contemplation. The eye of the spirit can nowhere find more dazzling brilliance and more shadow than in man; it can fix itself on no other thing which is more formidable, more complicated, more mysterious, and more infinite. There is a spectacle more grand than the sea; it is heaven: there is a spectacle more grand than heaven; it is the inmost recesses of the soul.
 
 
 
To make the poem of the human conscience, were it only with reference to a single man, were it only in connection with the basest of men, would be to blend all epics into one superior and definitive epic. Conscience is the chaos of chimeras, of lusts, and of temptations; the furnace of dreams; the lair of ideas of which we are ashamed; it is the pandemonium of sophisms; it is the battlefield of the passions. Penetrate, at certain hours, past the livid face of a human being who is engaged in reflection, and look behind, gaze into that soul, gaze into that obscurity. There, beneath that external silence, battles of giants, like those recorded in Homer, are in progress; skirmishes of dragons and hydras and swarms of phantoms, as in Milton; visionary circles, as in Dante. What a solemn thing is this infinity which every man bears within him, and which he measures with despair against the caprices of his brain and the actions of his life!
 
 
 
Alighieri one day met with a sinister-looking door, before which he hesitated. Here is one before us, upon whose threshold we hesitate. Let us enter, nevertheless.
 
 
 
We have but little to add to what the reader already knows of what had happened to Jean Valjean after the adventure with Little Gervais. From that moment forth he was, as we have seen, a totally different man. What the Bishop had wished to make of him, that he carried out. It was more than a transformation; it was a transfiguration.
 
 
 
He succeeded in disappearing, sold the Bishop's silver, reserving only the candlesticks as a souvenir, crept from town to town, traversed France, came to M. sur M., conceived the idea which we have mentioned, accomplished what we have related, succeeded in rendering himself safe from seizure and inaccessible, and, thenceforth, established at M. sur M., happy in feeling his conscience saddened by the past and the first half of his existence belied by the last, he lived in peace, reassured and hopeful, having henceforth only two thoughts,—to conceal his name and to sanctify his life; to escape men and to return to God.
 
 
 
These two thoughts were so closely intertwined in his mind that they formed but a single one there; both were equally absorbing and imperative and ruled his slightest actions. In general, they conspired to regulate the conduct of his life; they turned him towards the gloom; they rendered him kindly and simple; they counselled him to the same things. Sometimes, however, they conflicted. In that case, as the reader will remember, the man whom all the country of M. sur M. called M. Madeleine did not hesitate to sacrifice the first to the second—his security to his virtue. Thus, in spite of all his reserve and all his prudence, he had preserved the Bishop's candlesticks, worn mourning for him, summoned and interrogated all the little Savoyards who passed that way, collected information regarding the families at Faverolles, and saved old Fauchelevent's life, despite the disquieting insinuations of Javert. It seemed, as we have already remarked, as though he thought, following the example of all those who have been wise, holy, and just, that his first duty was not towards himself.
 
 
 
At the same time, it must be confessed, nothing just like this had yet presented itself.
 
 
 
Never had the two ideas which governed the unhappy man whose sufferings we are narrating, engaged in so serious a struggle. He understood this confusedly but profoundly at the very first words pronounced by Javert, when the latter entered his study. At the moment when that name, which he had buried beneath so many layers, was so strangely articulated, he was struck with stupor, and as though intoxicated with the sinister eccentricity of his destiny; and through this stupor he felt that shudder which precedes great shocks. He bent like an oak at the approach of a storm, like a soldier at the approach of an assault. He felt shadows filled with thunders and lightnings descending upon his head. As he listened to Javert, the first thought which occurred to him was to go, to run and denounce himself, to take that Champmathieu out of prison and place himself there; this was as painful and as poignant as an incision in the living flesh. Then it passed away, and he said to himself, "We will see! We will see!" He repressed this first, generous instinct, and recoiled before heroism.
 
 
 
It would be beautiful, no doubt, after the Bishop's holy words, after so many years of repentance and abnegation, in the midst of a penitence admirably begun, if this man had not flinched for an instant, even in the presence of so terrible a conjecture, but had continued to walk with the same step towards this yawning precipice, at the bottom of which lay heaven; that would have been beautiful; but it was not thus. We must render an account of the things which went on in this soul, and we can only tell what there was there. He was carried away, at first, by the instinct of self-preservation; he rallied all his ideas in haste, stifled his emotions, took into consideration Javert's presence, that great danger, postponed all decision with the firmness of terror, shook off thought as to what he had to do, and resumed his calmness as a warrior picks up his buckler.
 
 
 
He remained in this state during the rest of the day, a whirlwind within, a profound tranquillity without. He took no "preservative measures," as they may be called. Everything was still confused, and jostling together in his brain. His trouble was so great that he could not perceive the form of a single idea distinctly, and he could have told nothing about himself, except that he had received a great blow.
 
 
 
He repaired to Fantine's bed of suffering, as usual, and prolonged his visit, through a kindly instinct, telling himself that he must behave thus, and recommend her well to the sisters, in case he should be obliged to be absent himself. He had a vague feeling that he might be obliged to go to Arras; and without having the least in the world made up his mind to this trip, he said to himself that being, as he was, beyond the shadow of any suspicion, there could be nothing out of the way in being a witness to what was to take place, and he engaged the tilbury from Scaufflaire in order to be prepared in any event.
 
 
 
He dined with a good deal of appetite.
 
 
 
On returning to his room, he communed with himself.
 
 
 
He examined the situation, and found it unprecedented; so unprecedented that in the midst of his revery he rose from his chair, moved by some inexplicable impulse of anxiety, and bolted his door. He feared lest something more should enter. He was barricading himself against possibilities.
 
 
 
A moment later he extinguished his light; it embarrassed him.
 
 
 
It seemed to him as though he might be seen.
 
 
 
By whom?
 
 
 
Alas! That on which he desired to close the door had already entered; that which he desired to blind was staring him in the face,—his conscience.
 
 
 
His conscience; that is to say, God.
 
 
 
Nevertheless, he deluded himself at first; he had a feeling of security and of solitude; the bolt once drawn, he thought himself impregnable; the candle extinguished, he felt himself invisible. Then he took possession of himself: he set his elbows on the table, leaned his head on his hand, and began to meditate in the dark.
 
 
 
"Where do I stand? Am not I dreaming? What have I heard? Is it really true that I have seen that Javert, and that he spoke to me in that manner? Who can that Champmathieu be? So he resembles me! Is it possible? When I reflect that yesterday I was so tranquil, and so far from suspecting anything! What was I doing yesterday at this hour? What is there in this incident? What will the end be? What is to be done?"
 
 
 
This was the torment in which he found himself. His brain had lost its power of retaining ideas; they passed like waves, and he clutched his brow in both hands to arrest them.
 
 
 
Nothing but anguish extricated itself from this tumult which overwhelmed his will and his reason, and from which he sought to draw proof and resolution.
 
 
 
His head was burning. He went to the window and threw it wide open. There were no stars in the sky. He returned and seated himself at the table.
 
 
 
The first hour passed in this manner.
 
 
 
Gradually, however, vague outlines began to take form and to fix themselves in his meditation, and he was able to catch a glimpse with precision of the reality,—not the whole situation, but some of the details. He began by recognizing the fact that, critical and extraordinary as was this situation, he was completely master of it.
 
 
 
This only caused an increase of his stupor.
 
 
 
Independently of the severe and religious aim which he had assigned to his actions, all that he had made up to that day had been nothing but a hole in which to bury his name. That which he had always feared most of all in his hours of self-communion, during his sleepless nights, was to ever hear that name pronounced; he had said to himself, that that would be the end of all things for him; that on the day when that name made its reappearance it would cause his new life to vanish from about him, and—who knows?—perhaps even his new soul within him, also. He shuddered at the very thought that this was possible. Assuredly, if any one had said to him at such moments that the hour would come when that name would ring in his ears, when the hideous words, Jean Valjean, would suddenly emerge from the darkness and rise in front of him, when that formidable light, capable of dissipating the mystery in which he had enveloped himself, would suddenly blaze forth above his head, and that that name would not menace him, that that light would but produce an obscurity more dense, that this rent veil would but increase the mystery, that this earthquake would solidify his edifice, that this prodigious incident would have no other result, so far as he was concerned, if so it seemed good to him, than that of rendering his existence at once clearer and more impenetrable, and that, out of his confrontation with the phantom of Jean Valjean, the good and worthy citizen Monsieur Madeleine would emerge more honored, more peaceful, and more respected than ever—if any one had told him that, he would have tossed his head and regarded the words as those of a madman. Well, all this was precisely what had just come to pass; all that accumulation of impossibilities was a fact, and God had permitted these wild fancies to become real things!
 
 
 
His revery continued to grow clearer. He came more and more to an understanding of his position.
 
 
 
It seemed to him that he had but just waked up from some inexplicable dream, and that he found himself slipping down a declivity in the middle of the night, erect, shivering, holding back all in vain, on the very brink of the abyss. He distinctly perceived in the darkness a stranger, a man unknown to him, whom destiny had mistaken for him, and whom she was thrusting into the gulf in his stead; in order that the gulf might close once more, it was necessary that some one, himself or that other man, should fall into it: he had only let things take their course.
 
 
 
The light became complete, and he acknowledged this to himself: That his place was empty in the galleys; that do what he would, it was still awaiting him; that the theft from little Gervais had led him back to it; that this vacant place would await him, and draw him on until he filled it; that this was inevitable and fatal; and then he said to himself, "that, at this moment, he had a substitute; that it appeared that a certain Champmathieu had that ill luck, and that, as regards himself, being present in the galleys in the person of that Champmathieu, present in society under the name of M. Madeleine, he had nothing more to fear, provided that he did not prevent men from sealing over the head of that Champmathieu this stone of infamy which, like the stone of the sepulchre, falls once, never to rise again."
 
 
 
All this was so strange and so violent, that there suddenly took place in him that indescribable movement, which no man feels more than two or three times in the course of his life, a sort of convulsion of the conscience which stirs up all that there is doubtful in the heart, which is composed of irony, of joy, and of despair, and which may be called an outburst of inward laughter.
 
 
 
He hastily relighted his candle.
 
 
 
"Well, what then?" he said to himself; "what am I afraid of? What is there in all that for me to think about? I am safe; all is over. I had but one partly open door through which my past might invade my life, and behold that door is walled up forever! That Javert, who has been annoying me so long; that terrible instinct which seemed to have divined me, which had divined me—good God! and which followed me everywhere; that frightful hunting-dog, always making a point at me, is thrown off the scent, engaged elsewhere, absolutely turned from the trail: henceforth he is satisfied; he will leave me in peace; he has his Jean Valjean. Who knows? it is even probable that he will wish to leave town! And all this has been brought about without any aid from me, and I count for nothing in it! Ah! but where is the misfortune in this? Upon my honor, people would think, to see me, that some catastrophe had happened to me! After all, if it does bring harm to some one, that is not my fault in the least: it is Providence which has done it all; it is because it wishes it so to be, evidently. Have I the right to disarrange what it has arranged? What do I ask now? Why should I meddle? It does not concern me; what! I am not satisfied: but what more do I want? The goal to which I have aspired for so many years, the dream of my nights, the object of my prayers to Heaven,—security,—I have now attained; it is God who wills it; I can do nothing against the will of God, and why does God will it? In order that I may continue what I have begun, that I may do good, that I may one day be a grand and encouraging example, that it may be said at last, that a little happiness has been attached to the penance which I have undergone, and to that virtue to which I have returned. Really, I do not understand why I was afraid, a little while ago, to enter the house of that good cure, and to ask his advice; this is evidently what he would have said to me: It is settled; let things take their course; let the good God do as he likes!"
 
 
 
Thus did he address himself in the depths of his own conscience, bending over what may be called his own abyss; he rose from his chair, and began to pace the room: "Come," said he, "let us think no more about it; my resolve is taken!" but he felt no joy.
 
 
 
Quite the reverse.
 
 
 
One can no more prevent thought from recurring to an idea than one can the sea from returning to the shore: the sailor calls it the tide; the guilty man calls it remorse; God upheaves the soul as he does the ocean.
 
 
 
After the expiration of a few moments, do what he would, he resumed the gloomy dialogue in which it was he who spoke and he who listened, saying that which he would have preferred to ignore, and listened to that which he would have preferred not to hear, yielding to that mysterious power which said to him: "Think!" as it said to another condemned man, two thousand years ago, "March on!"
 
 
 
Before proceeding further, and in order to make ourselves fully understood, let us insist upon one necessary observation.
 
 
 
It is certain that people do talk to themselves; there is no living being who has not done it. It may even be said that the word is never a more magnificent mystery than when it goes from thought to conscience within a man, and when it returns from conscience to thought; it is in this sense only that the words so often employed in this chapter, he said, he exclaimed, must be understood; one speaks to one's self, talks to one's self, exclaims to one's self without breaking the external silence; there is a great tumult; everything about us talks except the mouth. The realities of the soul are none the less realities because they are not visible and palpable.
 
 
 
So he asked himself where he stood. He interrogated himself upon that "settled resolve." He confessed to himself that all that he had just arranged in his mind was monstrous, that "to let things take their course, to let the good God do as he liked," was simply horrible; to allow this error of fate and of men to be carried out, not to hinder it, to lend himself to it through his silence, to do nothing, in short, was to do everything! that this was hypocritical baseness in the last degree! that it was a base, cowardly, sneaking, abject, hideous crime!
 
 
 
For the first time in eight years, the wretched man had just tasted the bitter savor of an evil thought and of an evil action.
 
 
 
He spit it out with disgust.
 
 
 
He continued to question himself. He asked himself severely what he had meant by this, "My object is attained!" He declared to himself that his life really had an object; but what object? To conceal his name? To deceive the police? Was it for so petty a thing that he had done all that he had done? Had he not another and a grand object, which was the true one—to save, not his person, but his soul; to become honest and good once more; to be a just man? Was it not that above all, that alone, which he had always desired, which the Bishop had enjoined upon him—to shut the door on his past? But he was not shutting it! great God! he was re-opening it by committing an infamous action! He was becoming a thief once more, and the most odious of thieves! He was robbing another of his existence, his life, his peace, his place in the sunshine. He was becoming an assassin. He was murdering, morally murdering, a wretched man. He was inflicting on him that frightful living death, that death beneath the open sky, which is called the galleys. On the other hand, to surrender himself to save that man, struck down with so melancholy an error, to resume his own name, to become once more, out of duty, the convict Jean Valjean, that was, in truth, to achieve his resurrection, and to close forever that hell whence he had just emerged; to fall back there in appearance was to escape from it in reality. This must be done! He had done nothing if he did not do all this; his whole life was useless; all his penitence was wasted. There was no longer any need of saying, "What is the use?" He felt that the Bishop was there, that the Bishop was present all the more because he was dead, that the Bishop was gazing fixedly at him, that henceforth Mayor Madeleine, with all his virtues, would be abominable to him, and that the convict Jean Valjean would be pure and admirable in his sight; that men beheld his mask, but that the Bishop saw his face; that men saw his life, but that the Bishop beheld his conscience. So he must go to Arras, deliver the false Jean Valjean, and denounce the real one. Alas! that was the greatest of sacrifices, the most poignant of victories, the last step to take; but it must be done. Sad fate! he would enter into sanctity only in the eyes of God when he returned to infamy in the eyes of men.
 
 
 
"Well," said he, "let us decide upon this; let us do our duty; let us save this man." He uttered these words aloud, without perceiving that he was speaking aloud.
 
 
 
He took his books, verified them, and put them in order. He flung in the fire a bundle of bills which he had against petty and embarrassed tradesmen. He wrote and sealed a letter, and on the envelope it might have been read, had there been any one in his chamber at the moment, To Monsieur Laffitte, Banker, Rue d'Artois, Paris. He drew from his secretary a pocket-book which contained several bank-notes and the passport of which he had made use that same year when he went to the elections.
 
 
 
Any one who had seen him during the execution of these various acts, into which there entered such grave thought, would have had no suspicion of what was going on within him. Only occasionally did his lips move; at other times he raised his head and fixed his gaze upon some point of the wall, as though there existed at that point something which he wished to elucidate or interrogate.
 
 
 
When he had finished the letter to M. Laffitte, he put it into his pocket, together with the pocket-book, and began his walk once more.
 
 
 
His revery had not swerved from its course. He continued to see his duty clearly, written in luminous letters, which flamed before his eyes and changed its place as he altered the direction of his glance:—
 
 
 
"Go! Tell your name! Denounce yourself!"
 
 
 
In the same way he beheld, as though they had passed before him in visible forms, the two ideas which had, up to that time, formed the double rule of his soul,—the concealment of his name, the sanctification of his life. For the first time they appeared to him as absolutely distinct, and he perceived the distance which separated them. He recognized the fact that one of these ideas was, necessarily, good, while the other might become bad; that the first was self-devotion, and that the other was personality; that the one said, my neighbor, and that the other said, myself; that one emanated from the light, and the other from darkness.
 
 
 
They were antagonistic. He saw them in conflict. In proportion as he meditated, they grew before the eyes of his spirit. They had now attained colossal statures, and it seemed to him that he beheld within himself, in that infinity of which we were recently speaking, in the midst of the darkness and the lights, a goddess and a giant contending.
 
 
 
He was filled with terror; but it seemed to him that the good thought was getting the upper hand.
 
 
 
He felt that he was on the brink of the second decisive crisis of his conscience and of his destiny; that the Bishop had marked the first phase of his new life, and that Champmathieu marked the second. After the grand crisis, the grand test.
 
 
 
But the fever, allayed for an instant, gradually resumed possession of him. A thousand thoughts traversed his mind, but they continued to fortify him in his resolution.
 
 
 
One moment he said to himself that he was, perhaps, taking the matter too keenly; that, after all, this Champmathieu was not interesting, and that he had actually been guilty of theft.
 
 
 
He answered himself: "If this man has, indeed, stolen a few apples, that means a month in prison. It is a long way from that to the galleys. And who knows? Did he steal? Has it been proved? The name of Jean Valjean overwhelms him, and seems to dispense with proofs. Do not the attorneys for the Crown always proceed in this manner? He is supposed to be a thief because he is known to be a convict."
 
 
 
In another instant the thought had occurred to him that, when he denounced himself, the heroism of his deed might, perhaps, be taken into consideration, and his honest life for the last seven years, and what he had done for the district, and that they would have mercy on him.
 
 
 
But this supposition vanished very quickly, and he smiled bitterly as he remembered that the theft of the forty sous from little Gervais put him in the position of a man guilty of a second offence after conviction, that this affair would certainly come up, and, according to the precise terms of the law, would render him liable to penal servitude for life.
 
 
 
He turned aside from all illusions, detached himself more and more from earth, and sought strength and consolation elsewhere. He told himself that he must do his duty; that perhaps he should not be more unhappy after doing his duty than after having avoided it; that if he allowed things to take their own course, if he remained at M. sur M., his consideration, his good name, his good works, the deference and veneration paid to him, his charity, his wealth, his popularity, his virtue, would be seasoned with a crime. And what would be the taste of all these holy things when bound up with this hideous thing? while, if he accomplished his sacrifice, a celestial idea would be mingled with the galleys, the post, the iron necklet, the green cap, unceasing toil, and pitiless shame.
 
 
 
At length he told himself that it must be so, that his destiny was thus allotted, that he had not authority to alter the arrangements made on high, that, in any case, he must make his choice: virtue without and abomination within, or holiness within and infamy without.
 
 
 
The stirring up of these lugubrious ideas did not cause his courage to fail, but his brain grow weary. He began to think of other things, of indifferent matters, in spite of himself.
 
 
 
The veins in his temples throbbed violently; he still paced to and fro; midnight sounded first from the parish church, then from the town-hall; he counted the twelve strokes of the two clocks, and compared the sounds of the two bells; he recalled in this connection the fact that, a few days previously, he had seen in an ironmonger's shop an ancient clock for sale, upon which was written the name, Antoine-Albin de Romainville.
 
 
 
He was cold; he lighted a small fire; it did not occur to him to close the window.
 
 
 
In the meantime he had relapsed into his stupor; he was obliged to make a tolerably vigorous effort to recall what had been the subject of his thoughts before midnight had struck; he finally succeeded in doing this.
 
 
 
"Ah! yes," he said to himself, "I had resolved to inform against myself."
 
 
 
And then, all of a sudden, he thought of Fantine.
 
 
 
"Hold!" said he, "and what about that poor woman?"
 
 
 
Here a fresh crisis declared itself.
 
 
 
Fantine, by appearing thus abruptly in his revery, produced the effect of an unexpected ray of light; it seemed to him as though everything about him were undergoing a change of aspect: he exclaimed:—
 
 
 
"Ah! but I have hitherto considered no one but myself; it is proper for me to hold my tongue or to denounce myself, to conceal my person or to save my soul, to be a despicable and respected magistrate, or an infamous and venerable convict; it is I, it is always I and nothing but I: but, good God! all this is egotism; these are diverse forms of egotism, but it is egotism all the same. What if I were to think a little about others? The highest holiness is to think of others; come, let us examine the matter. The I excepted, the I effaced, the I forgotten, what would be the result of all this? What if I denounce myself? I am arrested; this Champmathieu is released; I am put back in the galleys; that is well—and what then? What is going on here? Ah! here is a country, a town, here are factories, an industry, workers, both men and women, aged grandsires, children, poor people! All this I have created; all these I provide with their living; everywhere where there is a smoking chimney, it is I who have placed the brand on the hearth and meat in the pot; I have created ease, circulation, credit; before me there was nothing; I have elevated, vivified, informed with life, fecundated, stimulated, enriched the whole country-side; lacking me, the soul is lacking; I take myself off, everything dies: and this woman, who has suffered so much, who possesses so many merits in spite of her fall; the cause of all whose misery I have unwittingly been! And that child whom I meant to go in search of, whom I have promised to her mother; do I not also owe something to this woman, in reparation for the evil which I have done her? If I disappear, what happens? The mother dies; the child becomes what it can; that is what will take place, if I denounce myself. If I do not denounce myself? come, let us see how it will be if I do not denounce myself."
 
 
 
After putting this question to himself, he paused; he seemed to undergo a momentary hesitation and trepidation; but it did not last long, and he answered himself calmly:—
 
 
 
"Well, this man is going to the galleys; it is true, but what the deuce! he has stolen! There is no use in my saying that he has not been guilty of theft, for he has! I remain here; I go on: in ten years I shall have made ten millions; I scatter them over the country; I have nothing of my own; what is that to me? It is not for myself that I am doing it; the prosperity of all goes on augmenting; industries are aroused and animated; factories and shops are multiplied; families, a hundred families, a thousand families, are happy; the district becomes populated; villages spring up where there were only farms before; farms rise where there was nothing; wretchedness disappears, and with wretchedness debauchery, prostitution, theft, murder; all vices disappear, all crimes: and this poor mother rears her child; and behold a whole country rich and honest! Ah! I was a fool! I was absurd! what was that I was saying about denouncing myself? I really must pay attention and not be precipitate about anything. What! because it would have pleased me to play the grand and generous; this is melodrama, after all; because I should have thought of no one but myself, the idea! for the sake of saving from a punishment, a trifle exaggerated, perhaps, but just at bottom, no one knows whom, a thief, a good-for-nothing, evidently, a whole country-side must perish! a poor woman must die in the hospital! a poor little girl must die in the street! like dogs; ah, this is abominable! And without the mother even having seen her child once more, almost without the child's having known her mother; and all that for the sake of an old wretch of an apple-thief who, most assuredly, has deserved the galleys for something else, if not for that; fine scruples, indeed, which save a guilty man and sacrifice the innocent, which save an old vagabond who has only a few years to live at most, and who will not be more unhappy in the galleys than in his hovel, and which sacrifice a whole population, mothers, wives, children. This poor little Cosette who has no one in the world but me, and who is, no doubt, blue with cold at this moment in the den of those Thenardiers; those peoples are rascals; and I was going to neglect my duty towards all these poor creatures; and I was going off to denounce myself; and I was about to commit that unspeakable folly! Let us put it at the worst: suppose that there is a wrong action on my part in this, and that my conscience will reproach me for it some day, to accept, for the good of others, these reproaches which weigh only on myself; this evil action which compromises my soul alone; in that lies self-sacrifice; in that alone there is virtue."
 
 
 
He rose and resumed his march; this time, he seemed to be content.
 
 
 
Diamonds are found only in the dark places of the earth; truths are found only in the depths of thought. It seemed to him, that, after having descended into these depths, after having long groped among the darkest of these shadows, he had at last found one of these diamonds, one of these truths, and that he now held it in his hand, and he was dazzled as he gazed upon it.
 
 
 
"Yes," he thought, "this is right; I am on the right road; I have the solution; I must end by holding fast to something; my resolve is taken; let things take their course; let us no longer vacillate; let us no longer hang back; this is for the interest of all, not for my own; I am Madeleine, and Madeleine I remain. Woe to the man who is Jean Valjean! I am no longer he; I do not know that man; I no longer know anything; it turns out that some one is Jean Valjean at the present moment; let him look out for himself; that does not concern me; it is a fatal name which was floating abroad in the night; if it halts and descends on a head, so much the worse for that head."
 
 
 
He looked into the little mirror which hung above his chimney-piece, and said:—
 
 
 
"Hold! it has relieved me to come to a decision; I am quite another man now."
 
 
 
He proceeded a few paces further, then he stopped short.
 
 
 
"Come!" he said, "I must not flinch before any of the consequences of the resolution which I have once adopted; there are still threads which attach me to that Jean Valjean; they must be broken; in this very room there are objects which would betray me, dumb things which would bear witness against me; it is settled; all these things must disappear."
 
 
 
He fumbled in his pocket, drew out his purse, opened it, and took out a small key; he inserted the key in a lock whose aperture could hardly be seen, so hidden was it in the most sombre tones of the design which covered the wall-paper; a secret receptacle opened, a sort of false cupboard constructed in the angle between the wall and the chimney-piece; in this hiding-place there were some rags—a blue linen blouse, an old pair of trousers, an old knapsack, and a huge thorn cudgel shod with iron at both ends. Those who had seen Jean Valjean at the epoch when he passed through D——in October, 1815, could easily have recognized all the pieces of this miserable outfit.
 
 
 
He had preserved them as he had preserved the silver candlesticks, in order to remind himself continually of his starting-point, but he had concealed all that came from the galleys, and he had allowed the candlesticks which came from the Bishop to be seen.
 
 
 
He cast a furtive glance towards the door, as though he feared that it would open in spite of the bolt which fastened it; then, with a quick and abrupt movement, he took the whole in his arms at once, without bestowing so much as a glance on the things which he had so religiously and so perilously preserved for so many years, and flung them all, rags, cudgel, knapsack, into the fire.
 
 
 
He closed the false cupboard again, and with redoubled precautions, henceforth unnecessary, since it was now empty, he concealed the door behind a heavy piece of furniture, which he pushed in front of it.
 
 
 
After the lapse of a few seconds, the room and the opposite wall were lighted up with a fierce, red, tremulous glow. Everything was on fire; the thorn cudgel snapped and threw out sparks to the middle of the chamber.
 
 
 
As the knapsack was consumed, together with the hideous rags which it contained, it revealed something which sparkled in the ashes. By bending over, one could have readily recognized a coin,—no doubt the forty-sou piece stolen from the little Savoyard.
 
 
 
He did not look at the fire, but paced back and forth with the same step.
 
 
 
All at once his eye fell on the two silver candlesticks, which shone vaguely on the chimney-piece, through the glow.
 
 
 
"Hold!" he thought; "the whole of Jean Valjean is still in them. They must be destroyed also."
 
 
 
He seized the two candlesticks.
 
 
 
There was still fire enough to allow of their being put out of shape, and converted into a sort of unrecognizable bar of metal.
 
 
 
He bent over the hearth and warmed himself for a moment. He felt a sense of real comfort. "How good warmth is!" said he.
 
 
 
He stirred the live coals with one of the candlesticks.
 
 
 
A minute more, and they were both in the fire.
 
 
 
At that moment it seemed to him that he heard a voice within him shouting: "Jean Valjean! Jean Valjean!"
 
 
 
His hair rose upright: he became like a man who is listening to some terrible thing.
 
 
 
"Yes, that's it! finish!" said the voice. "Complete what you are about! Destroy these candlesticks! Annihilate this souvenir! Forget the Bishop! Forget everything! Destroy this Champmathieu, do! That is right! Applaud yourself! So it is settled, resolved, fixed, agreed: here is an old man who does not know what is wanted of him, who has, perhaps, done nothing, an innocent man, whose whole misfortune lies in your name, upon whom your name weighs like a crime, who is about to be taken for you, who will be condemned, who will finish his days in abjectness and horror. That is good! Be an honest man yourself; remain Monsieur le Maire; remain honorable and honored; enrich the town; nourish the indigent; rear the orphan; live happy, virtuous, and admired; and, during this time, while you are here in the midst of joy and light, there will be a man who will wear your red blouse, who will bear your name in ignominy, and who will drag your chain in the galleys. Yes, it is well arranged thus. Ah, wretch!"
 
 
 
The perspiration streamed from his brow. He fixed a haggard eye on the candlesticks. But that within him which had spoken had not finished. The voice continued:—
 
 
 
"Jean Valjean, there will be around you many voices, which will make a great noise, which will talk very loud, and which will bless you, and only one which no one will hear, and which will curse you in the dark. Well! listen, infamous man! All those benedictions will fall back before they reach heaven, and only the malediction will ascend to God."
 
 
 
This voice, feeble at first, and which had proceeded from the most obscure depths of his conscience, had gradually become startling and formidable, and he now heard it in his very ear. It seemed to him that it had detached itself from him, and that it was now speaking outside of him. He thought that he heard the last words so distinctly, that he glanced around the room in a sort of terror.
 
 
 
"Is there any one here?" he demanded aloud, in utter bewilderment.
 
 
 
Then he resumed, with a laugh which resembled that of an idiot:—
 
 
 
"How stupid I am! There can be no one!"
 
 
 
There was some one; but the person who was there was of those whom the human eye cannot see.
 
 
 
He placed the candlesticks on the chimney-piece.
 
 
 
Then he resumed his monotonous and lugubrious tramp, which troubled the dreams of the sleeping man beneath him, and awoke him with a start.
 
 
 
This tramping to and fro soothed and at the same time intoxicated him. It sometimes seems, on supreme occasions, as though people moved about for the purpose of asking advice of everything that they may encounter by change of place. After the lapse of a few minutes he no longer knew his position.
 
 
 
He now recoiled in equal terror before both the resolutions at which he had arrived in turn. The two ideas which counselled him appeared to him equally fatal. What a fatality! What conjunction that that Champmathieu should have been taken for him; to be overwhelmed by precisely the means which Providence seemed to have employed, at first, to strengthen his position!
 
 
 
There was a moment when he reflected on the future. Denounce himself, great God! Deliver himself up! With immense despair he faced all that he should be obliged to leave, all that he should be obliged to take up once more. He should have to bid farewell to that existence which was so good, so pure, so radiant, to the respect of all, to honor, to liberty. He should never more stroll in the fields; he should never more hear the birds sing in the month of May; he should never more bestow alms on the little children; he should never more experience the sweetness of having glances of gratitude and love fixed upon him; he should quit that house which he had built, that little chamber! Everything seemed charming to him at that moment. Never again should he read those books; never more should he write on that little table of white wood; his old portress, the only servant whom he kept, would never more bring him his coffee in the morning. Great God! instead of that, the convict gang, the iron necklet, the red waistcoat, the chain on his ankle, fatigue, the cell, the camp bed all those horrors which he knew so well! At his age, after having been what he was! If he were only young again! but to be addressed in his old age as "thou" by any one who pleased; to be searched by the convict-guard; to receive the galley-sergeant's cudgellings; to wear iron-bound shoes on his bare feet; to have to stretch out his leg night and morning to the hammer of the roundsman who visits the gang; to submit to the curiosity of strangers, who would be told: "That man yonder is the famous Jean Valjean, who was mayor of M. sur M."; and at night, dripping with perspiration, overwhelmed with lassitude, their green caps drawn over their eyes, to remount, two by two, the ladder staircase of the galleys beneath the sergeant's whip. Oh, what misery! Can destiny, then, be as malicious as an intelligent being, and become as monstrous as the human heart?
 
 
 
And do what he would, he always fell back upon the heartrending dilemma which lay at the foundation of his revery: "Should he remain in paradise and become a demon? Should he return to hell and become an angel?"
 
 
 
What was to be done? Great God! what was to be done?
 
 
 
The torment from which he had escaped with so much difficulty was unchained afresh within him. His ideas began to grow confused once more; they assumed a kind of stupefied and mechanical quality which is peculiar to despair. The name of Romainville recurred incessantly to his mind, with the two verses of a song which he had heard in the past. He thought that Romainville was a little grove near Paris, where young lovers go to pluck lilacs in the month of April.
 
 
 
He wavered outwardly as well as inwardly. He walked like a little child who is permitted to toddle alone.
 
 
 
At intervals, as he combated his lassitude, he made an effort to recover the mastery of his mind. He tried to put to himself, for the last time, and definitely, the problem over which he had, in a manner, fallen prostrate with fatigue: Ought he to denounce himself? Ought he to hold his peace? He could not manage to see anything distinctly. The vague aspects of all the courses of reasoning which had been sketched out by his meditations quivered and vanished, one after the other, into smoke. He only felt that, to whatever course of action he made up his mind, something in him must die, and that of necessity, and without his being able to escape the fact; that he was entering a sepulchre on the right hand as much as on the left; that he was passing through a death agony,—the agony of his happiness, or the agony of his virtue.
 
 
 
Alas! all his resolution had again taken possession of him. He was no further advanced than at the beginning.
 
 
 
Thus did this unhappy soul struggle in its anguish. Eighteen hundred years before this unfortunate man, the mysterious Being in whom are summed up all the sanctities and all the sufferings of humanity had also long thrust aside with his hand, while the olive-trees quivered in the wild wind of the infinite, the terrible cup which appeared to Him dripping with darkness and overflowing with shadows in the depths all studded with stars.
 
 
 
==Translation notes==
 
 
 
==Textual notes==
 
 
 
==Citations==
 
<references />
 

Revision as of 11:27, 21 September 2015

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