Difference between revisions of "Volume 1/Book 2/Chapter 7"

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Les Misérables, Volume 1: Fantine, Book Second: The Fall, Chapter 7: The Interior of Despair<br />
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(Tome 1: Fantine, Livre deuxième: La Chute, Chapitre 7: Le dedans du désespoir)
 
 
 
==General notes on this chapter==
 
 
 
==French text==
 
 
 
 
 
Essayons de le dire.
 
 
 
Il faut bien que la société regarde ces choses puisque c'est elle qui les fait.
 
 
 
C'était, nous l'avons dit, un ignorant; mais ce n'était pas un imbécile. La lumière naturelle était allumée en lui. Le malheur, qui a aussi sa clarté, augmenta le peu de jour qu'il y avait dans cet esprit. Sous le bâton, sous la chaîne, au cachot, à la fatigue, sous l'ardent soleil du bagne, sur le lit de planches des forçats, il se replia en sa conscience et réfléchit.
 
 
 
Il se constitua tribunal.
 
 
 
Il commença par se juger lui-même.
 
 
 
Il reconnut qu'il n'était pas un innocent injustement puni. Il s'avoua qu'il avait commis une action extrême et blâmable; qu'on ne lui eût peut-être pas refusé ce pain s'il l'avait demandé; que dans tous les cas il eût mieux valu l'attendre, soit de la pitié, soit du travail; que ce n'est pas tout à fait une raison sans réplique de dire: peut-on attendre quand on a faim? que d'abord il est très rare qu'on meure littéralement de faim; ensuite que, malheureusement ou heureusement, l'homme est ainsi fait qu'il peut souffrir longtemps et beaucoup, moralement et physiquement, sans mourir; qu'il fallait donc de la patience; que cela eût mieux valu même pour ces pauvres petits enfants; que c'était un acte de folie, à lui, malheureux homme chétif, de prendre violemment au collet la société tout entière et de se figurer qu'on sort de la misère par le vol; que c'était, dans tous les cas, une mauvaise porte pour sortir de la misère que celle par où l'on entre dans l'infamie; enfin qu'il avait eu tort.
 
 
 
Puis il se demanda:
 
 
 
S'il était le seul qui avait eu tort dans sa fatale histoire? Si d'abord ce n'était pas une chose grave qu'il eût, lui travailleur, manqué de travail, lui laborieux, manqué de pain. Si, ensuite, la faute commise et avouée, le châtiment n'avait pas été féroce et outré. S'il n'y avait pas plus d'abus de la part de la loi dans la peine qu'il n'y avait eu d'abus de la part du coupable dans la faute. S'il n'y avait pas excès de poids dans un des plateaux de la balance, celui où est l'expiation. Si la surcharge de la peine n'était point l'effacement du délit, et n'arrivait pas à ce résultat: de retourner la situation, de remplacer la faute du délinquant par la faute de la répression, de faire du coupable la victime et du débiteur le créancier, et de mettre définitivement le droit du côté de celui-là même qui l'avait violé. Si cette peine, compliquée des aggravations successives pour les tentatives d'évasion, ne finissait pas par être une sorte d'attentat du plus fort sur le plus faible, un crime de la société sur l'individu, un crime qui recommençait tous les jours, un crime qui durait dix-neuf ans.
 
 
 
Il se demanda si la société humaine pouvait avoir le droit de faire également subir à ses membres, dans un cas son imprévoyance déraisonnable, et dans l'autre cas sa prévoyance impitoyable, et de saisir à jamais un pauvre homme entre un défaut et un excès, défaut de travail, excès de châtiment. S'il n'était pas exorbitant que la société traitât ainsi précisément ses membres les plus mal dotés dans la répartition de biens que fait le hasard, et par conséquent les plus dignes de ménagements.
 
 
 
Ces questions faites et résolues, il jugea la société et la condamna.
 
 
 
Il la condamna sans haine.
 
 
 
Il la fit responsable du sort qu'il subissait, et se dit qu'il n'hésiterait peut-être pas à lui en demander compte un jour. Il se déclara à lui-même qu'il n'y avait pas équilibre entre le dommage qu'il avait causé et le dommage qu'on lui causait; il conclut enfin que son châtiment n'était pas, à la vérité, une injustice, mais qu'à coup sûr c'était une iniquité.
 
 
 
La colère peut être folle et absurde; on peut être irrité à tort; on n'est indigné que lorsqu'on a raison au fond par quelque côté. Jean Valjean se sentait indigné. Et puis, la société humaine ne lui avait fait que du mal. Jamais il n'avait vu d'elle que ce visage courroucé qu'elle appelle sa justice et qu'elle montre à ceux qu'elle frappe. Les hommes ne l'avaient touché que pour le meurtrir. Tout contact avec eux lui avait été un coup. Jamais, depuis son enfance, depuis sa mère, depuis sa sœur, jamais il n'avait rencontré une parole amie et un regard bienveillant. De souffrance en souffrance il arriva peu à peu à cette conviction que la vie était une guerre; et que dans cette guerre il était le vaincu. Il n'avait d'autre arme que sa haine. Il résolut de l'aiguiser au bagne et de l'emporter en s'en allant.
 
 
 
Il y avait à Toulon une école pour la chiourme tenue par des frères ignorantins où l'on enseignait le plus nécessaire à ceux de ces malheureux qui avaient de la bonne volonté. Il fut du nombre des hommes de bonne volonté. Il alla à l'école à quarante ans, et apprit à lire, à écrire, à compter. Il sentit que fortifier son intelligence, c'était fortifier sa haine. Dans certains cas, l'instruction et la lumière peuvent servir de rallonge au mal.
 
 
 
Cela est triste à dire, après avoir jugé la société qui avait fait son malheur, il jugea la providence qui avait fait la société.
 
 
 
Il la condamna aussi.
 
 
 
Ainsi, pendant ces dix-neuf ans de torture et d'esclavage, cette âme monta et tomba en même temps. Il y entra de la lumière d'un côté et des ténèbres de l'autre.
 
 
 
Jean Valjean n'était pas, on l'a vu, d'une nature mauvaise. Il était encore bon lorsqu'il arriva au bagne. Il y condamna la société et sentit qu'il devenait méchant, il y condamna la providence et sentit qu'il devenait impie.
 
 
 
Ici il est difficile de ne pas méditer un instant.
 
 
 
La nature humaine se transforme-t-elle ainsi de fond en comble et tout à fait? L'homme créé bon par Dieu peut-il être fait méchant par l'homme? L'âme peut-elle être refaite tout d'une pièce par la destinée, et devenir mauvaise, la destinée étant mauvaise? Le cœur peut-il devenir difforme et contracter des laideurs et des infirmités incurables sous la pression d'un malheur disproportionné, comme la colonne vertébrale sous une voûte trop basse? N'y a-t-il pas dans toute âme humaine, n'y avait-il pas dans l'âme de Jean Valjean en particulier, une première étincelle, un élément divin, incorruptible dans ce monde, immortel dans l'autre, que le bien peut développer, attiser, allumer, enflammer et faire rayonner splendidement, et que le mal ne peut jamais entièrement éteindre?
 
 
 
Questions graves et obscures, à la dernière desquelles tout physiologiste eût probablement répondu non, et sans hésiter, s'il eût vu à Toulon, aux heures de repos qui étaient pour Jean Valjean des heures de rêverie, assis, les bras croisés, sur la barre de quelque cabestan, le bout de sa chaîne enfoncé dans sa poche pour l'empêcher de traîner, ce galérien morne, sérieux, silencieux et pensif, paria des lois qui regardait l'homme avec colère, damné de la civilisation qui regardait le ciel avec sévérité.
 
 
 
Certes, et nous ne voulons pas le dissimuler, le physiologiste observateur eût vu là une misère irrémédiable, il eût plaint peut-être ce malade du fait de la loi, mais il n'eût pas même essayé de traitement; il eût détourné le regard des cavernes qu'il aurait entrevues dans cette âme; et, comme Dante de la porte de l'enfer, il eût effacé de cette existence le mot que le doigt de Dieu écrit pourtant sur le front de tout homme: Espérance!
 
 
 
Cet état de son âme que nous avons tenté d'analyser était-il aussi parfaitement clair pour Jean Valjean que nous avons essayé de le rendre pour ceux qui nous lisent? Jean Valjean voyait-il distinctement, après leur formation, et avait-il vu distinctement, à mesure qu'ils se formaient, tous les éléments dont se composait sa misère morale? Cet homme rude et illettré s'était-il bien nettement rendu compte de la succession d'idées par laquelle il était, degré à degré, monté et descendu jusqu'aux lugubres aspects qui étaient depuis tant d'années déjà l'horizon intérieur de son esprit? Avait-il bien conscience de tout ce qui s'était passé en lui et de tout ce qui s'y remuait? C'est ce que nous n'oserions dire; c'est même ce que nous ne croyons pas. Il y avait trop d'ignorance dans Jean Valjean pour que, même après tant de malheur, il n'y restât pas beaucoup de vague. Par moments il ne savait pas même bien au juste ce qu'il éprouvait. Jean Valjean était dans les ténèbres; il souffrait dans les ténèbres; il haïssait dans les ténèbres; on eût pu dire qu'il haïssait devant lui. Il vivait habituellement dans cette ombre, tâtonnant comme un aveugle et comme un rêveur. Seulement, par intervalles, il lui venait tout à coup, de lui-même ou du dehors, une secousse de colère, un surcroît de souffrance, un pâle et rapide éclair qui illuminait toute son âme, et faisait brusquement apparaître partout autour de lui, en avant et en arrière, aux lueurs d'une lumière affreuse, les hideux précipices et les sombres perspectives de sa destinée.
 
 
 
L'éclair passé, la nuit retombait, et où était-il? il ne le savait plus.
 
 
 
Le propre des peines de cette nature, dans lesquelles domine ce qui est impitoyable, c'est-à-dire ce qui est abrutissant. C'est de transformer peu à peu, par une sorte de transfiguration stupide, un homme en une bête fauve. Quelquefois en une bête féroce. Les tentatives d'évasion de Jean Valjean, successives et obstinées, suffiraient à prouver cet étrange travail fait par la loi sur l'âme humaine. Jean Valjean eût renouvelé ces tentatives, si parfaitement inutiles et folles, autant de fois que l'occasion s'en fût présentée, sans songer un instant au résultat, ni aux expériences déjà faites. Il s'échappait impétueusement comme le loup qui trouve la cage ouverte. L'instinct lui disait: sauve-toi! Le raisonnement lui eût dit: reste! Mais, devant une tentation si violente, le raisonnement avait disparu; il n'y avait plus que l'instinct. La bête seule agissait. Quand il était repris, les nouvelles sévérités qu'on lui infligeait ne servaient qu'à l'effarer davantage.
 
 
 
Un détail que nous ne devons pas omettre, c'est qu'il était d'une force physique dont n'approchait pas un des habitants du bagne. À la fatigue, pour filer un câble, pour virer un cabestan, Jean Valjean valait quatre hommes. Il soulevait et soutenait parfois d'énormes poids sur son dos, et remplaçait dans l'occasion cet instrument qu'on appelle cric et qu'on appelait jadis orgueil, d'où a pris nom, soit dit en passant, la rue Montorgueil près des halles de Paris. Ses camarades l'avaient surnommé Jean-le-Cric. Une fois, comme on réparait le balcon de l'hôtel de ville de Toulon, une des admirables cariatides de Puget qui soutiennent ce balcon se descella et faillit tomber. Jean Valjean, qui se trouvait là, soutint de l'épaule la cariatide et donna le temps aux ouvriers d'arriver.
 
 
 
Sa souplesse dépassait encore sa vigueur. Certains forçats, rêveurs perpétuels d'évasions, finissent par faire de la force et de l'adresse combinées une véritable science. C'est la science des muscles. Toute une statique mystérieuse est quotidiennement pratiquée par les prisonniers, ces éternels envieux des mouches et des oiseaux. Gravir une verticale, et trouver des points d'appui là où l'on voit à peine une saillie, était un jeu pour Jean Valjean. Étant donné un angle de mur, avec la tension de son dos et de ses jarrets, avec ses coudes et ses talons emboîtés dans les aspérités de la pierre, il se hissait comme magiquement à un troisième étage. Quelquefois il montait ainsi jusqu'au toit du bagne.
 
 
 
Il parlait peu. Il ne riait pas. Il fallait quelque émotion extrême pour lui arracher, une ou deux fois l'an, ce lugubre rire du forçat qui est comme un écho du rire du démon. À le voir, il semblait occupé à regarder continuellement quelque chose de terrible.
 
 
 
Il était absorbé en effet.
 
 
 
À travers les perceptions maladives d'une nature incomplète et d'une intelligence accablée, il sentait confusément qu'une chose monstrueuse était sur lui. Dans cette pénombre obscure et blafarde où il rampait, chaque fois qu'il tournait le cou et qu'il essayait d'élever son regard, il voyait, avec une terreur mêlée de rage, s'échafauder, s'étager et monter à perte de vue au-dessus de lui, avec des escarpements horribles, une sorte d'entassement effrayant de choses, de lois, de préjugés, d'hommes et de faits, dont les contours lui échappaient, dont la masse l'épouvantait, et qui n'était autre chose que cette prodigieuse pyramide que nous appelons la civilisation. Il distinguait çà et là dans cet ensemble fourmillant et difforme, tantôt près de lui, tantôt loin et sur des plateaux inaccessibles, quelque groupe, quelque détail vivement éclairé, ici l'argousin et son bâton, ici le gendarme et son sabre, là-bas l'archevêque mitré, tout en haut, dans une sorte de soleil, l'empereur couronné et éblouissant. Il lui semblait que ces splendeurs lointaines, loin de dissiper sa nuit, la rendaient plus funèbre et plus noire. Tout cela, lois, préjugés, faits, hommes, choses, allait et venait au-dessus de lui, selon le mouvement compliqué et mystérieux que Dieu imprime à la civilisation, marchant sur lui et l'écrasant avec je ne sais quoi de paisible dans la cruauté et d'inexorable dans l'indifférence. Âmes tombées au fond de l'infortune possible, malheureux hommes perdus au plus bas de ces limbes où l'on ne regarde plus, les réprouvés de la loi sentent peser de tout son poids sur leur tête cette société humaine, si formidable pour qui est dehors, si effroyable pour qui est dessous.
 
 
 
Dans cette situation, Jean Valjean songeait, et quelle pouvait être la nature de sa rêverie?
 
 
 
Si le grain de mil sous la meule avait des pensées, il penserait sans doute ce que pensait Jean Valjean.
 
 
 
Toutes ces choses, réalités pleines de spectres, fantasmagories pleines de réalités, avaient fini par lui créer une sorte d'état intérieur presque inexprimable.
 
 
 
Par moments, au milieu de son travail du bagne, il s'arrêtait. Il se mettait à penser. Sa raison, à la fois plus mûre et plus troublée qu'autrefois, se révoltait. Tout ce qui lui était arrivé lui paraissait absurde; tout ce qui l'entourait lui paraissait impossible. Il se disait: c'est un rêve. Il regardait l'argousin debout à quelques pas de lui; l'argousin lui semblait un fantôme; tout à coup le fantôme lui donnait un coup de bâton.
 
 
 
La nature visible existait à peine pour lui. Il serait presque vrai de dire qu'il n'y avait point pour Jean Valjean de soleil, ni de beaux jours d'été, ni de ciel rayonnant, ni de fraîches aubes d'avril. Je ne sais quel jour de soupirail éclairait habituellement son âme.
 
 
 
Pour résumer, en terminant, ce qui peut être résumé et traduit en résultats positifs dans tout ce que nous venons d'indiquer, nous nous bornerons à constater qu'en dix-neuf ans, Jean Valjean, l'inoffensif émondeur de Faverolles, le redoutable galérien de Toulon, était devenu capable, grâce à la manière dont le bagne l'avait façonné, de deux espèces de mauvaises actions: premièrement, d'une mauvaise action rapide, irréfléchie, pleine d'étourdissement, toute d'instinct, sorte de représaille pour le mal souffert; deuxièmement, d'une mauvaise action grave, sérieuse, débattue en conscience et méditée avec les idées fausses que peut donner un pareil malheur. Ses préméditations passaient par les trois phases successives que les natures d'une certaine trempe peuvent seules parcourir, raisonnement, volonté, obstination. Il avait pour mobiles l'indignation habituelle, l'amertume de l'âme, le profond sentiment des iniquités subies, la réaction, même contre les bons, les innocents et les justes, s'il y en a. Le point de départ comme le point d'arrivée de toutes ses pensées était la haine de la loi humaine; cette haine qui, si elle n'est arrêtée dans son développement par quelque incident providentiel, devient, dans un temps donné, la haine de la société, puis la haine du genre humain, puis la haine de la création, et se traduit par un vague et incessant et brutal désir de nuire, n'importe à qui, à un être vivant quelconque. Comme on voit, ce n'était pas sans raison que le passeport qualifiait Jean Valjean d'homme très dangereux.
 
 
 
D'année en année, cette âme s'était desséchée de plus en plus, lentement, mais fatalement. À cœur sec, œil sec. À sa sortie du bagne, il y avait dix-neuf ans qu'il n'avait versé une larme.
 
 
 
 
==English text==
 
 
 
Let us try to say it.
 
 
 
It is necessary that society should look at these things, because it is itself which creates them.
 
 
 
He was, as we have said, an ignorant man, but he was not a fool. The light of nature was ignited in him. Unhappiness, which also possesses a clearness of vision of its own, augmented the small amount of daylight which existed in this mind. Beneath the cudgel, beneath the chain, in the cell, in hardship, beneath the burning sun of the galleys, upon the plank bed of the convict, he withdrew into his own consciousness and meditated.
 
 
 
He constituted himself the tribunal.
 
 
 
He began by putting himself on trial.
 
 
 
He recognized the fact that he was not an innocent man unjustly punished. He admitted that he had committed an extreme and blameworthy act; that that loaf of bread would probably not have been refused to him had he asked for it; that, in any case, it would have been better to wait until he could get it through compassion or through work; that it is not an unanswerable argument to say, "Can one wait when one is hungry?" That, in the first place, it is very rare for any one to die of hunger, literally; and next, that, fortunately or unfortunately, man is so constituted that he can suffer long and much, both morally and physically, without dying; that it is therefore necessary to have patience; that that would even have been better for those poor little children; that it had been an act of madness for him, a miserable, unfortunate wretch, to take society at large violently by the collar, and to imagine that one can escape from misery through theft; that that is in any case a poor door through which to escape from misery through which infamy enters; in short, that he was in the wrong.
 
 
 
Then he asked himself--
 
 
 
Whether he had been the only one in fault in his fatal history. Whether it was not a serious thing, that he, a laborer, out of work, that he, an industrious man, should have lacked bread. And whether, the fault once committed and confessed, the chastisement had not been ferocious and disproportioned. Whether there had not been more abuse on the part of the law, in respect to the penalty, than there had been on the part of the culprit in respect to his fault. Whether there had not been an excess of weights in one balance of the scale, in the one which contains expiation. Whether the over-weight of the penalty was not equivalent to the annihilation of the crime, and did not result in reversing the situation, of replacing the fault of the delinquent by the fault of the repression, of converting the guilty man into the victim, and the debtor into the creditor, and of ranging the law definitely on the side of the man who had violated it.
 
 
 
Whether this penalty, complicated by successive aggravations for attempts at escape, had not ended in becoming a sort of outrage perpetrated by the stronger upon the feebler, a crime of society against the individual, a crime which was being committed afresh every day, a crime which had lasted nineteen years.
 
 
 
He asked himself whether human society could have the right to force its members to suffer equally in one case for its own unreasonable lack of foresight, and in the other case for its pitiless foresight; and to seize a poor man forever between a defect and an excess, a default of work and an excess of punishment.
 
 
 
Whether it was not outrageous for society to treat thus precisely those of its members who were the least well endowed in the division of goods made by chance, and consequently the most deserving of consideration.
 
 
 
These questions put and answered, he judged society and condemned it.
 
 
 
He condemned it to his hatred.
 
 
 
He made it responsible for the fate which he was suffering, and he said to himself that it might be that one day he should not hesitate to call it to account. He declared to himself that there was no equilibrium between the harm which he had caused and the harm which was being done to him; he finally arrived at the conclusion that his punishment was not, in truth, unjust, but that it most assuredly was iniquitous.
 
 
 
Anger may be both foolish and absurd; one can be irritated wrongfully; one is exasperated only when there is some show of right on one's side at bottom. Jean Valjean felt himself exasperated.
 
 
 
And besides, human society had done him nothing but harm; he had never seen anything of it save that angry face which it calls Justice, and which it shows to those whom it strikes. Men had only touched him to bruise him. Every contact with them had been a blow. Never, since his infancy, since the days of his mother, of his sister, had he ever encountered a friendly word and a kindly glance. From suffering to suffering, he had gradually arrived at the conviction that life is a war; and that in this war he was the conquered. He had no other weapon than his hate. He resolved to whet it in the galleys and to bear it away with him when he departed.
 
 
 
There was at Toulon a school for the convicts, kept by the Ignorantin friars, where the most necessary branches were taught to those of the unfortunate men who had a mind for them. He was of the number who had a mind. He went to school at the age of forty, and learned to read, to write, to cipher. He felt that to fortify his intelligence was to fortify his hate. In certain cases, education and enlightenment can serve to eke out evil.
 
 
 
This is a sad thing to say; after having judged society, which had caused his unhappiness, he judged Providence, which had made society, and he condemned it also.
 
 
 
Thus during nineteen years of torture and slavery, this soul mounted and at the same time fell. Light entered it on one side, and darkness on the other.
 
 
 
Jean Valjean had not, as we have seen, an evil nature. He was still good when he arrived at the galleys. He there condemned society, and felt that he was becoming wicked; he there condemned Providence, and was conscious that he was becoming impious.
 
 
 
It is difficult not to indulge in meditation at this point.
 
 
 
Does human nature thus change utterly and from top to bottom? Can the man created good by God be rendered wicked by man? Can the soul be completely made over by fate, and become evil, fate being evil? Can the heart become misshapen and contract incurable deformities and infirmities under the oppression of a disproportionate unhappiness, as the vertebral column beneath too low a vault? Is there not in every human soul, was there not in the soul of Jean Valjean in particular, a first spark, a divine element, incorruptible in this world, immortal in the other, which good can develop, fan, ignite, and make to glow with splendor, and which evil can never wholly extinguish?
 
 
 
Grave and obscure questions, to the last of which every physiologist would probably have responded no, and that without hesitation, had he beheld at Toulon, during the hours of repose, which were for Jean Valjean hours of revery, this gloomy galley-slave, seated with folded arms upon the bar of some capstan, with the end of his chain thrust into his pocket to prevent its dragging, serious, silent, and thoughtful, a pariah of the laws which regarded the man with wrath, condemned by civilization, and regarding heaven with severity.
 
 
 
Certainly,--and we make no attempt to dissimulate the fact,-- the observing physiologist would have beheld an irremediable misery; he would, perchance, have pitied this sick man, of the law's making; but he would not have even essayed any treatment; he would have turned aside his gaze from the caverns of which he would have caught a glimpse within this soul, and, like Dante at the portals of hell, he would have effaced from this existence the word which the finger of God has, nevertheless, inscribed upon the brow of every man,--hope.
 
 
 
Was this state of his soul, which we have attempted to analyze, as perfectly clear to Jean Valjean as we have tried to render it for those who read us? Did Jean Valjean distinctly perceive, after their formation, and had he seen distinctly during the process of their formation, all the elements of which his moral misery was composed? Had this rough and unlettered man gathered a perfectly clear perception of the succession of ideas through which he had, by degrees, mounted and descended to the lugubrious aspects which had, for so many years, formed the inner horizon of his spirit? Was he conscious of all that passed within him, and of all that was working there? That is something which we do not presume to state; it is something which we do not even believe. There was too much ignorance in Jean Valjean, even after his misfortune, to prevent much vagueness from still lingering there. At times he did not rightly know himself what he felt. Jean Valjean was in the shadows; he suffered in the shadows; he hated in the shadows; one might have said that he hated in advance of himself. He dwelt habitually in this shadow, feeling his way like a blind man and a dreamer. Only, at intervals, there suddenly came to him, from without and from within, an access of wrath, a surcharge of suffering, a livid and rapid flash which illuminated his whole soul, and caused to appear abruptly all around him, in front, behind, amid the gleams of a frightful light, the hideous precipices and the sombre perspective of his destiny.
 
 
 
The flash passed, the night closed in again; and where was he? He no longer knew. The peculiarity of pains of this nature, in which that which is pitiless--that is to say, that which is brutalizing--predominates, is to transform a man, little by little, by a sort of stupid transfiguration, into a wild beast; sometimes into a ferocious beast.
 
 
 
Jean Valjean's successive and obstinate attempts at escape would alone suffice to prove this strange working of the law upon the human soul. Jean Valjean would have renewed these attempts, utterly useless and foolish as they were, as often as the opportunity had presented itself, without reflecting for an instant on the result, nor on the experiences which he had already gone through. He escaped impetuously, like the wolf who finds his cage open. Instinct said to him, "Flee!" Reason would have said, "Remain!" But in the presence of so violent a temptation, reason vanished; nothing remained but instinct. The beast alone acted. When he was recaptured, the fresh severities inflicted on him only served to render him still more wild.
 
 
 
One detail, which we must not omit, is that he possessed a physical strength which was not approached by a single one of the denizens of the galleys. At work, at paying out a cable or winding up a capstan, Jean Valjean was worth four men. He sometimes lifted and sustained enormous weights on his back; and when the occasion demanded it, he replaced that implement which is called a jack-screw, and was formerly called orgueil [pride], whence, we may remark in passing, is derived the name of the Rue Montorgueil, near the Halles [Fishmarket] in Paris. His comrades had nicknamed him Jean the Jack-screw. Once, when they were repairing the balcony of the town-hall at Toulon, one of those admirable caryatids of Puget, which support the balcony, became loosened, and was on the point of falling. Jean Valjean, who was present, supported the caryatid with his shoulder, and gave the workmen time to arrive.
 
 
 
His suppleness even exceeded his strength. Certain convicts who were forever dreaming of escape, ended by making a veritable science of force and skill combined. It is the science of muscles. An entire system of mysterious statics is daily practised by prisoners, men who are forever envious of the flies and birds. To climb a vertical surface, and to find points of support where hardly a projection was visible, was play to Jean Valjean. An angle of the wall being given, with the tension of his back and legs, with his elbows and his heels fitted into the unevenness of the stone, he raised himself as if by magic to the third story. He sometimes mounted thus even to the roof of the galley prison.
 
 
 
He spoke but little. He laughed not at all. An excessive emotion was required to wring from him, once or twice a year, that lugubrious laugh of the convict, which is like the echo of the laugh of a demon. To all appearance, he seemed to be occupied in the constant contemplation of something terrible.
 
 
 
He was absorbed, in fact.
 
 
 
Athwart the unhealthy perceptions of an incomplete nature and a crushed intelligence, he was confusedly conscious that some monstrous thing was resting on him. In that obscure and wan shadow within which he crawled, each time that he turned his neck and essayed to raise his glance, he perceived with terror, mingled with rage, a sort of frightful accumulation of things, collecting and mounting above him, beyond the range of his vision,-- laws, prejudices, men, and deeds,--whose outlines escaped him, whose mass terrified him, and which was nothing else than that prodigious pyramid which we call civilization. He distinguished, here and there in that swarming and formless mass, now near him, now afar off and on inaccessible table-lands, some group, some detail, vividly illuminated; here the galley-sergeant and his cudgel; there the gendarme and his sword; yonder the mitred archbishop; away at the top, like a sort of sun, the Emperor, crowned and dazzling. It seemed to him that these distant splendors, far from dissipating his night, rendered it more funereal and more black. All this-- laws, prejudices, deeds, men, things--went and came above him, over his head, in accordance with the complicated and mysterious movement which God imparts to civilization, walking over him and crushing him with I know not what peacefulness in its cruelty and inexorability in its indifference. Souls which have fallen to the bottom of all possible misfortune, unhappy men lost in the lowest of those limbos at which no one any longer looks, the reproved of the law, feel the whole weight of this human society, so formidable for him who is without, so frightful for him who is beneath, resting upon their heads.
 
 
 
In this situation Jean Valjean meditated; and what could be the nature of his meditation?
 
 
 
If the grain of millet beneath the millstone had thoughts, it would, doubtless, think that same thing which Jean Valjean thought.
 
 
 
All these things, realities full of spectres, phantasmagories full of realities, had eventually created for him a sort of interior state which is almost indescribable.
 
 
 
At times, amid his convict toil, he paused. He fell to thinking. His reason, at one and the same time riper and more troubled than of yore, rose in revolt. Everything which had happened to him seemed to him absurd; everything that surrounded him seemed to him impossible. He said to himself, "It is a dream." He gazed at the galley-sergeant standing a few paces from him; the galley-sergeant seemed a phantom to him. All of a sudden the phantom dealt him a blow with his cudgel.
 
 
 
Visible nature hardly existed for him. It would almost be true to say that there existed for Jean Valjean neither sun, nor fine summer days, nor radiant sky, nor fresh April dawns. I know not what vent-hole daylight habitually illumined his soul.
 
 
 
To sum up, in conclusion, that which can be summed up and translated into positive results in all that we have just pointed out, we will confine ourselves to the statement that, in the course of nineteen years, Jean Valjean, the inoffensive tree-pruner of Faverolles, the formidable convict of Toulon, had become capable, thanks to the manner in which the galleys had moulded him, of two sorts of evil action: firstly, of evil action which was rapid, unpremeditated, dashing, entirely instinctive, in the nature of reprisals for the evil which he had undergone; secondly, of evil action which was serious, grave, consciously argued out and premeditated, with the false ideas which such a misfortune can furnish. His deliberate deeds passed through three successive phases, which natures of a certain stamp can alone traverse,--reasoning, will, perseverance. He had for moving causes his habitual wrath, bitterness of soul, a profound sense of indignities suffered, the reaction even against the good, the innocent, and the just, if there are any such. The point of departure, like the point of arrival, for all his thoughts, was hatred of human law; that hatred which, if it be not arrested in its development by some providential incident, becomes, within a given time, the hatred of society, then the hatred of the human race, then the hatred of creation, and which manifests itself by a vague, incessant, and brutal desire to do harm to some living being, no matter whom. It will be perceived that it was not without reason that Jean Valjean's passport described him as a very dangerous man.
 
 
 
From year to year this soul had dried away slowly, but with fatal sureness. When the heart is dry, the eye is dry. On his departure from the galleys it had been nineteen years since he had shed a tear.
 
 
 
==Translation notes==
 
 
 
 
 
==Textual notes==
 
 
 
 
 
==Citations==
 
<references/>
 

Revision as of 11:50, 21 September 2015

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