Volume 5/Book 5/Chapter 6

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Les Misérables, Volume 5: Jean Valjean, Book Fifth: The Grandson and the Grandfather, Chapter 6: The Two Old Men Do Everything, Each One After His Own Fashion, to Render Cosette Happy
(Tome 5: Jean Valjean, Livre cinquième: Le petit-fils et le grand-père. Chapitre 6: Les deux vieillards font tout, chacun à leur façon, pour que Cosette soit heureuse)

General notes on this chapter[edit]

French text[edit]

On prépara tout pour le mariage. Le médecin consulté déclara qu'il pourrait avoir lieu en février. On était en décembre. Quelques ravissantes semaines de bonheur parfait s'écoulèrent.

Le moins heureux n'était pas le grand-père. Il restait des quarts d'heure en contemplation devant Cosette.

—L'admirable jolie fille! s'écriait-il. Et elle a l'air si douce et si bonne! Il n'y a pas à dire mamie mon cœur, c'est la plus charmante fille que j'aie vue de ma vie. Plus tard, ça vous aura des vertus avec odeur de violette. C'est une grâce, quoi! On ne peut que vivre noblement avec une telle créature. Marius, mon garçon, tu es baron, tu es riche, n'avocasse pas, je t'en supplie.

Cosette et Marius étaient passés brusquement du sépulcre au paradis. La transition avait été peu ménagée, et ils en auraient été étourdis s'ils n'en avaient été éblouis.

—Comprends-tu quelque chose à cela? disait Marius à Cosette.

—Non, répondait Cosette, mais il me semble que le bon Dieu nous regarde.

Jean Valjean fit tout, aplanit tout, concilia tout, rendit tout facile. Il se hâtait vers le bonheur de Cosette avec autant d'empressement, et, en apparence, de joie, que Cosette elle-même.

Comme il avait été maire, il sut résoudre un problème délicat, dans le secret duquel il était seul, l'état civil de Cosette. Dire crûment l'origine, qui sait? cela eût pu empêcher le mariage. Il tira Cosette de toutes les difficultés. Il lui arrangea une famille de gens morts, moyen sûr de n'encourir aucune réclamation. Cosette était ce qui restait d'une famille éteinte. Cosette n'était pas sa fille à lui, mais la fille d'un autre Fauchelevent. Deux frères Fauchelevent avaient été jardiniers au couvent du Petit-Picpus. On alla à ce couvent; les meilleurs renseignements et les plus respectables témoignages abondèrent; les bonnes religieuses, peu aptes et peu enclines à sonder les questions de paternité, et n'y entendant pas malice, n'avaient jamais su bien au juste duquel des deux Fauchelevent la petite Cosette était la fille. Elles dirent ce qu'on voulut, et le dirent avec zèle. Un acte de notoriété fut dressé. Cosette devint devant la loi mademoiselle Euphrasie Fauchelevent. Elle fut déclarée orpheline de père et de mère. Jean Valjean s'arrangea de façon à être désigné, sous le nom de Fauchelevent, comme tuteur de Cosette, avec M. Gillenormand comme subrogé tuteur.

Quant aux cinq cent quatre-vingt-quatre mille francs, c'était un legs fait à Cosette par une personne morte qui désirait rester inconnue. Le legs primitif avait été de cinq cent quatre-vingt-quatorze mille francs; mais dix mille francs avaient été dépensés pour l'éducation de mademoiselle Euphrasie, dont cinq mille francs payés au couvent même. Ce legs, déposé dans les mains d'un tiers, devait être remis à Cosette à sa majorité ou à l'époque de son mariage. Tout cet ensemble était fort acceptable, comme on voit, surtout avec un appoint de plus d'un demi-million. Il y avait bien çà et là quelques singularités, mais on ne les vit pas; un des intéressés avait les yeux bandés par l'amour, les autres par les six cent mille francs.

Cosette apprit qu'elle n'était pas la fille de ce vieux homme qu'elle avait si longtemps appelé père. Ce n'était qu'un parent; un autre Fauchelevent était son père véritable. Dans tout autre moment, cela l'eût navrée. Mais à l'heure ineffable où elle était, ce ne fut qu'un peu d'ombre, un rembrunissement, et elle avait tant de joie que ce nuage dura peu. Elle avait Marius. Le jeune homme arrivait, le bonhomme s'effaçait; la vie est ainsi.

Et puis, Cosette était habituée depuis de longues années à voir autour d'elle des énigmes; tout être qui a eu une enfance mystérieuse est toujours prêt à de certains renoncements.

Elle continua pourtant de dire à Jean Valjean: Père.

Cosette, aux anges, était enthousiasmée du père Gillenormand. Il est vrai qu'il la comblait de madrigaux et de cadeaux. Pendant que Jean Valjean construisait à Cosette une situation normale dans la société et une possession d'état inattaquable, M. Gillenormand veillait à la corbeille de noces. Rien ne l'amusait comme d'être magnifique. Il avait donné à Cosette une robe de guipure de Binche qui lui venait de sa propre grand'mère à lui.—Ces modes-là renaissent, disait-il, les antiquailles font fureur, et les jeunes femmes de ma vieillesse s'habillent comme les vieilles femmes de mon enfance.

Il dévalisait ses respectables commodes de laque de Coromandel à panse bombée qui n'avaient pas été ouvertes depuis des ans.—Confessons ces douairières, disait-il; voyons ce qu'elles ont dans la bedaine. Il violait bruyamment des tiroirs ventrus pleins des toilettes de toutes ses femmes, de toutes ses maîtresses, et de toutes ses aïeules. Pékins, damas, lampas, moires peintes, robes de gros de Tours flambé, mouchoirs des Indes brodés d'un or qui peut se laver, dauphines sans envers en pièces, points de Gênes et d'Alençon, parures en vieille orfèvrerie, bonbonnières d'ivoire ornées de batailles microscopiques, nippes, rubans, il prodiguait tout à Cosette. Cosette, émerveillée, éperdue d'amour pour Marius et effarée de reconnaissance pour M. Gillenormand, rêvait un bonheur sans bornes vêtu de satin et de velours. Sa corbeille de noces lui apparaissait soutenue par les séraphins. Son âme s'envolait dans l'azur avec des ailes de dentelle de Malines.

L'ivresse des amoureux n'était égalée, nous l'avons dit, que par l'extase du grand-père. Il y avait comme une fanfare dans la rue des Filles-du-Calvaire.

Chaque matin, nouvelle offrande de bric-à-brac du grand-père à Cosette. Tous les falbalas possibles s'épanouissaient splendidement autour d'elle.

Un jour Marius, qui, volontiers, causait gravement à travers son bonheur, dit à propos de je ne sais quel incident:

—Les hommes de la révolution sont tellement grands, qu'ils ont déjà le prestige des siècles, comme Caton et comme Phocion, et chacun d'eux semble une mémoire antique.

—Moire antique! s'écria le vieillard. Merci, Marius. C'est précisément l'idée que je cherchais.

Et le lendemain une magnifique robe de moire antique couleur thé s'ajoutait à la corbeille de Cosette.

Le grand-père extrayait de ces chiffons une sagesse.

—L'amour, c'est bien; mais il faut cela avec. Il faut de l'inutile dans le bonheur. Le bonheur, ce n'est que le nécessaire. Assaisonnez-le-moi énormément de superflu. Un palais et son cœur. Son cœur et le Louvre. Son cœur et les grandes eaux de Versailles. Donnez-moi ma bergère, et tâchez qu'elle soit duchesse. Amenez-moi Philis couronnée de bleuets et ajoutez-lui cent mille livres de rente. Ouvrez-moi une bucolique à perte de vue sous une colonnade de marbre. Je consens à la bucolique et aussi à la féerie de marbre et d'or. Le bonheur sec ressemble au pain sec. On mange, mais on ne dîne pas. Je veux du superflu, de l'inutile, de l'extravagant, du trop, de ce qui ne sert à rien. Je me souviens d'avoir vu dans la cathédrale de Strasbourg une horloge haute comme une maison à trois étages qui marquait l'heure, qui avait la bonté de marquer l'heure, mais qui n'avait pas l'air faite pour cela; et qui, après avoir sonné midi ou minuit, midi, l'heure du soleil, minuit, l'heure de l'amour, ou toute autre heure qu'il vous plaira, vous donnait la lune et les étoiles, la terre et la mer, les oiseaux et les poissons, Phébus et Phébé, et une ribambelle de choses qui sortaient d'une niche, et les douze apôtres, et l'empereur Charles-Quint, et Éponine et Sabinus, et un tas de petits bonshommes dorés qui jouaient de la trompette, par-dessus le marché. Sans compter de ravissants carillons qu'elle éparpillait dans l'air à tout propos sans qu'on sût pourquoi. Un méchant cadran tout nu qui ne dit que les heures vaut-il cela? Moi je suis de l'avis de la grosse horloge de Strasbourg, et je la préfère au coucou de la Forêt-Noire.

M. Gillenormand déraisonnait spécialement à propos de la noce, et tous les trumeaux du dix-huitième siècle passaient pêle-mêle dans ses dithyrambes.

—Vous ignorez l'art des fêtes. Vous ne savez pas faire un jour de joie dans ce temps-ci, s'écriait-il. Votre dix-neuvième siècle est veule. Il manque d'excès. Il ignore le riche, il ignore le noble. En toute chose, il est tondu ras. Votre tiers état est insipide, incolore, inodore et informe. Rêves de vos bourgeoises qui s'établissent, comme elles disent: un joli boudoir fraîchement décoré, palissandre et calicot. Place! place! le sieur Grigou épouse la demoiselle Grippesou. Somptuosité et splendeur! on a collé un louis d'or à un cierge. Voilà l'époque. Je demande à m'enfuir au delà des sarmates. Ah! dès 1787, j'ai prédit que tout était perdu, le jour où j'ai vu le duc de Rohan, prince de Léon, duc de Chabot, duc de Montbazon, marquis de Soubise, vicomte de Thouars, pair de France, aller à Longchamp en tapecul! Cela a porté ses fruits. Dans ce siècle on fait des affaires, on joue à la Bourse, on gagne de l'argent, et l'on est pingre. On soigne et on vernit sa surface; on est tiré à quatre épingles, lavé, savonné, ratissé, rasé, peigné, ciré, lissé, frotté, brossé, nettoyé au dehors, irréprochable, poli comme un caillou, discret, propret, et en même temps, vertu de ma mie! on a au fond de la conscience des fumiers et des cloaques à faire reculer une vachère qui se mouche dans ses doigts. J'octroie à ce temps-ci cette devise: Propreté sale. Marius, ne te fâche pas, donne-moi la permission de parler, je ne dis pas de mal du peuple, tu vois, j'en ai plein la bouche de ton peuple, mais trouve bon que je flanque un peu une pile à la bourgeoisie. J'en suis. Qui aime bien cingle bien. Sur ce, je le dis tout net, aujourd'hui on se marie, mais on ne sait plus se marier. Ah! c'est vrai, je regrette la gentillesse des anciennes mœurs. J'en regrette tout. Cette élégance, cette chevalerie, ces façons courtoises et mignonnes, ce luxe réjouissant que chacun avait, la musique faisant partie de la noce, symphonie en haut, tambourinage en bas, les danses, les joyeux visages attablés, les madrigaux alambiqués, les chansons, les fusées d'artifice, les francs rires, le diable et son train, les gros nœuds de rubans. Je regrette la jarretière de la mariée. La jarretière de la mariée est cousine de la ceinture de Vénus. Sur quoi roule la guerre de Troie? Parbleu, sur la jarretière d'Hélène. Pourquoi se bat-on, pourquoi Diomède le divin fracasse-t-il sur la tête de Mérionée ce grand casque d'airain à dix pointes, pourquoi Achille et Hector se pignochent-ils à grands coups de pique? Parce que Hélène a laissé prendre à Pâris sa jarretière. Avec la jarretière de Cosette, Homère ferait l'Iliade. Il mettrait dans son poème un vieux bavard comme moi, et il le nommerait Nestor. Mes amis, autrefois, dans cet aimable autrefois, on se mariait savamment; on faisait un bon contrat, et ensuite une bonne boustifaille. Sitôt Cujas sorti, Gamache entrait. Mais, dame! c'est que l'estomac est une bête agréable qui demande son dû, et qui veut avoir sa noce aussi. On soupait bien, et l'on avait à table une belle voisine sans guimpe qui ne cachait sa gorge que modérément! Oh! les larges bouches riantes, et comme on était gai dans ce temps-là! la jeunesse était un bouquet; tout jeune homme se terminait par une branche de lilas ou par une touffe de roses; fût-on guerrier, on était berger; et si, par hasard, on était capitaine de dragons, on trouvait moyen de s'appeler Florian. On tenait à être joli. On se brodait, on s'empourprait. Un bourgeois avait l'air d'une fleur, un marquis avait l'air d'une pierrerie. On n'avait pas de sous-pieds, on n'avait pas de bottes. On était pimpant, lustré, moiré, mordoré, voltigeant, mignon, coquet, ce qui n'empêchait pas d'avoir l'épée au côté. Le colibri a bec et ongles. C'était le temps des Indes galantes. Un des côtés du siècle était le délicat, l'autre était le magnifique; et, par la vertu-chou! on s'amusait. Aujourd'hui on est sérieux. Le bourgeois est avare, la bourgeoise est prude; votre siècle est infortuné. On chasserait les Grâces comme trop décolletées. Hélas! on cache la beauté comme une laideur. Depuis la révolution, tout a des pantalons, même les danseuses; une baladine doit être grave; vos rigodons sont doctrinaires. Il faut être majestueux. On serait bien fâché de ne pas avoir le menton dans sa cravate. L'idéal d'un galopin de vingt ans qui se marie, c'est de ressembler à monsieur Royer-Collard. Et savez-vous à quoi l'on arrive avec cette majesté là? à être petit. Apprenez ceci: la joie n'est pas seulement joyeuse; elle est grande. Mais soyez donc amoureux gaîment, que diable! mariez-vous donc, quand vous vous mariez, avec la fièvre et l'étourdissement et le vacarme et le tohu-bohu du bonheur! De la gravité à l'église, soit. Mais, sitôt la messe finie, sarpejeu! il faudrait faire tourbillonner un songe autour de l'épousée. Un mariage doit être royal et chimérique; il doit promener sa cérémonie de la cathédrale de Reims à la pagode de Chanteloup. J'ai horreur d'une noce pleutre. Ventregoulette! soyez dans l'olympe, au moins ce jour-là. Soyez des dieux. Ah! l'on pourrait être des sylphes, des Jeux et des Ris, des argyraspides; on est des galoupiats! Mes amis, tout nouveau marié doit être le prince Aldobrandini. Profitez de cette minute unique de la vie pour vous envoler dans l'empyrée avec les cygnes et les aigles, quitte à retomber le lendemain dans la bourgeoisie des grenouilles. N'économisez point sur l'hyménée, ne lui rognez pas ses splendeurs; ne liardez pas le jour où vous rayonnez. La noce n'est pas le ménage. Oh! si je faisais à ma fantaisie, ce serait galant. On entendrait des violons dans les arbres. Voici mon programme: bleu de ciel et argent. Je mêlerais à la fête les divinités agrestes, je convoquerais les dryades et les néréides. Les noces d'Amphitrite, une nuée rose, des nymphes bien coiffées et toutes nues, un académicien offrant des quatrains à la déesse, un char traîné par des monstres marins.

Triton trottait devant, et tirait de sa conque Des sons si ravissants qu'il ravissait quiconque! —Voilà un programme de fête, en voilà un, ou je ne m'y connais pas, sac à papier!

Pendant que le grand-père, en pleine effusion lyrique, s'écoutait lui-même, Cosette et Marius s'enivraient de se regarder librement.

La tante Gillenormand considérait tout cela avec sa placidité imperturbable. Elle avait eu depuis cinq ou six mois une certaine quantité d'émotions; Marius revenu, Marius rapporté sanglant, Marius rapporté d'une barricade, Marius mort, puis vivant, Marius réconcilié, Marius fiancé, Marius se mariant avec une pauvresse, Marius se mariant avec une millionnaire. Les six cent mille francs avaient été sa dernière surprise. Puis son indifférence de première communiante lui était revenue. Elle allait régulièrement aux offices, égrenait son rosaire, lisait son eucologe, chuchotait dans un coin de la maison des Ave pendant qu'on chuchotait dans l'autre des I love you, et, vaguement, voyait Marius et Cosette comme deux ombres. L'ombre, c'était elle.

Il y a un certain état d'ascétisme inerte où l'âme, neutralisée par l'engourdissement, étrangère à ce qu'on pourrait appeler l'affaire de vivre, ne perçoit, à l'exception des tremblements de terre et des catastrophes, aucune des impressions humaines, ni les impressions plaisantes, ni les impressions pénibles.—Cette dévotion-là, disait le père Gillenormand à sa fille, correspond au rhume de cerveau. Tu ne sens rien de la vie. Pas de mauvaise odeur, mais pas de bonne.

Du reste, les six cent mille francs avaient fixé les indécisions de la vieille fille. Son père avait pris l'habitude de la compter si peu qu'il ne l'avait pas consultée sur le consentement au mariage de Marius. Il avait agi de fougue, selon sa mode, n'ayant, despote devenu esclave, qu'une pensée, satisfaire Marius. Quant à la tante, que la tante existât, et qu'elle pût avoir un avis, il n'y avait pas même songé, et, toute moutonne qu'elle était, ceci l'avait froissée. Quelque peu révoltée dans son for intérieur, mais extérieurement impassible, elle s'était dit: Mon père résout la question du mariage sans moi; je résoudrai la question de l'héritage sans lui. Elle était riche, en effet, et le père ne l'était pas. Elle avait donc réservé là-dessus sa décision. Il est probable que si le mariage eût été pauvre, elle l'eût laissé pauvre. Tant pis pour monsieur mon neveu! Il épouse une gueuse, qu'il soit gueux. Mais le demi-million de Cosette plut à la tante et changea sa situation intérieure à l'endroit de cette paire d'amoureux. On doit de la considération à six cent mille francs, et il était évident qu'elle ne pouvait faire autrement que de laisser sa fortune à ces jeunes gens, puisqu'ils n'en avaient plus besoin.

Il fut arrangé que le couple habiterait chez le grand-père. M. Gillenormand voulut absolument leur donner sa chambre, la plus belle de la maison.—Cela me rajeunira, déclarait-il. C'est un ancien projet. J'avais toujours eu l'idée de faire la noce dans ma chambre. Il meubla cette chambre d'un tas de vieux bibelots galants. Il la fit plafonner et tendre d'une étoffe extraordinaire qu'il avait en pièce et qu'il croyait d'Utrecht, fond satiné bouton-d'or avec fleurs de velours oreilles-d'ours.—C'est de cette étoffe-là, disait-il, qu'était drapé le lit de la duchesse d'Anville à La Roche-Guyon.—Il mit sur la cheminée une figurine de Saxe portant un manchon sur son ventre nu.

La bibliothèque de M. Gillenormand devint le cabinet d'avocat dont avait besoin Marius; un cabinet, on s'en souvient, étant exigé par le conseil de l'ordre.

English text[edit]

Everything was made ready for the wedding. The doctor, on being consulted, declared that it might take place in February. It was then December. A few ravishing weeks of perfect happiness passed.

The grandfather was not the least happy of them all. He remained for a quarter of an hour at a time gazing at Cosette.

“The wonderful, beautiful girl!” he exclaimed. “And she has so sweet and good an air! she is, without exception, the most charming girl that I have ever seen in my life. Later on, she’ll have virtues with an odor of violets. How graceful! one cannot live otherwise than nobly with such a creature. Marius, my boy, you are a Baron, you are rich, don’t go to pettifogging, I beg of you.”

Cosette and Marius had passed abruptly from the sepulchre to paradise. The transition had not been softened, and they would have been stunned, had they not been dazzled by it.

“Do you understand anything about it?” said Marius to Cosette.

“No,” replied Cosette, “but it seems to me that the good God is caring for us.”

Jean Valjean did everything, smoothed away every difficulty, arranged everything, made everything easy. He hastened towards Cosette’s happiness with as much ardor, and, apparently with as much joy, as Cosette herself.

As he had been a mayor, he understood how to solve that delicate problem, with the secret of which he alone was acquainted, Cosette’s civil status. If he were to announce her origin bluntly, it might prevent the marriage, who knows? He extricated Cosette from all difficulties. He concocted for her a family of dead people, a sure means of not encountering any objections. Cosette was the only scion of an extinct family; Cosette was not his own daughter, but the daughter of the other Fauchelevent. Two brothers Fauchelevent had been gardeners to the convent of the Petit-Picpus. Inquiry was made at that convent; the very best information and the most respectable references abounded; the good nuns, not very apt and but little inclined to fathom questions of paternity, and not attaching any importance to the matter, had never understood exactly of which of the two Fauchelevents Cosette was the daughter. They said what was wanted and they said it with zeal. An acte de notoriété was drawn up. Cosette became in the eyes of the law, Mademoiselle Euphrasie Fauchelevent. She was declared an orphan, both father and mother being dead. Jean Valjean so arranged it that he was appointed, under the name of Fauchelevent, as Cosette’s guardian, with M. Gillenormand as supervising guardian over him.

As for the five hundred and eighty thousand francs, they constituted a legacy bequeathed to Cosette by a dead person, who desired to remain unknown. The original legacy had consisted of five hundred and ninety-four thousand francs; but ten thousand francs had been expended on the education of Mademoiselle Euphrasie, five thousand francs of that amount having been paid to the convent. This legacy, deposited in the hands of a third party, was to be turned over to Cosette at her majority, or at the date of her marriage. This, taken as a whole, was very acceptable, as the reader will perceive, especially when the sum due was half a million. There were some peculiarities here and there, it is true, but they were not noticed; one of the interested parties had his eyes blindfolded by love, the others by the six hundred thousand francs.

Cosette learned that she was not the daughter of that old man whom she had so long called father. He was merely a kinsman; another Fauchelevent was her real father. At any other time this would have broken her heart. But at the ineffable moment which she was then passing through, it cast but a slight shadow, a faint cloud, and she was so full of joy that the cloud did not last long. She had Marius. The young man arrived, the old man was effaced; such is life.

And then, Cosette had, for long years, been habituated to seeing enigmas around her; every being who has had a mysterious childhood is always prepared for certain renunciations.

Nevertheless, she continued to call Jean Valjean: Father.

Cosette, happy as the angels, was enthusiastic over Father Gillenormand. It is true that he overwhelmed her with gallant compliments and presents. While Jean Valjean was building up for Cosette a normal situation in society and an unassailable status, M. Gillenormand was superintending the basket of wedding gifts. Nothing so amused him as being magnificent. He had given to Cosette a robe of Binche guipure which had descended to him from his own grandmother.

“These fashions come up again,” said he, “ancient things are the rage, and the young women of my old age dress like the old women of my childhood.”

He rifled his respectable chests of drawers in Coromandel lacquer, with swelling fronts, which had not been opened for years.—“Let us hear the confession of these dowagers,” he said, “let us see what they have in their paunches.” He noisily violated the pot-bellied drawers of all his wives, of all his mistresses and of all his grandmothers. Pekins, damasks, lampas, painted moires, robes of shot gros de Tours, India kerchiefs embroidered in gold that could be washed, dauphines without a right or wrong side, in the piece, Genoa and Alençon point lace, parures in antique goldsmith’s work, ivory bon-bon boxes ornamented with microscopic battles, gewgaws and ribbons—he lavished everything on Cosette. Cosette, amazed, desperately in love with Marius, and wild with gratitude towards M. Gillenormand, dreamed of a happiness without limit clothed in satin and velvet. Her wedding basket seemed to her to be upheld by seraphim. Her soul flew out into the azure depths, with wings of Mechlin lace.

The intoxication of the lovers was only equalled, as we have already said, by the ecstasy of the grandfather. A sort of flourish of trumpets went on in the Rue des Filles-du-Calvaire.

Every morning, a fresh offering of bric-à-brac from the grandfather to Cosette. All possible knickknacks glittered around her.

One day Marius, who was fond of talking gravely in the midst of his bliss, said, apropos of I know not what incident:

“The men of the revolution are so great, that they have the prestige of the ages, like Cato and like Phocion, and each one of them seems to me an antique memory.”

“Moire antique!” exclaimed the old gentleman. “Thanks, Marius. That is precisely the idea of which I was in search.”

And on the following day, a magnificent dress of tea-rose colored moire antique was added to Cosette’s wedding presents.

From these fripperies, the grandfather extracted a bit of wisdom.

“Love is all very well; but there must be something else to go with it. The useless must be mingled with happiness. Happiness is only the necessary. Season that enormously with the superfluous for me. A palace and her heart. Her heart and the Louvre. Her heart and the grand waterworks of Versailles. Give me my shepherdess and try to make her a duchess. Fetch me Phyllis crowned with corn-flowers, and add a hundred thousand francs income. Open for me a bucolic perspective as far as you can see, beneath a marble colonnade. I consent to the bucolic and also to the fairy spectacle of marble and gold. Dry happiness resembles dry bread. One eats, but one does not dine. I want the superfluous, the useless, the extravagant, excess, that which serves no purpose. I remember to have seen, in the Cathedral of Strasburg, a clock, as tall as a three-story house which marked the hours, which had the kindness to indicate the hour, but which had not the air of being made for that; and which, after having struck midday, or midnight,—midday, the hour of the sun, or midnight, the hour of love,—or any other hour that you like, gave you the moon and the stars, the earth and the sea, birds and fishes, Phœbus and Phœbe, and a host of things which emerged from a niche, and the twelve apostles, and the Emperor Charles the Fifth, and Éponine, and Sabinus, and a throng of little gilded goodmen, who played on the trumpet to boot. Without reckoning delicious chimes which it sprinkled through the air, on every occasion, without any one’s knowing why. Is a petty bald clock-face which merely tells the hour equal to that? For my part, I am of the opinion of the big clock of Strasburg, and I prefer it to the cuckoo clock from the Black Forest.”

M. Gillenormand talked nonsense in connection with the wedding, and all the fripperies of the eighteenth century passed pell-mell through his dithyrambs.

“You are ignorant of the art of festivals. You do not know how to organize a day of enjoyment in this age,” he exclaimed. “Your nineteenth century is weak. It lacks excess. It ignores the rich, it ignores the noble. In everything it is clean-shaven. Your third estate is insipid, colorless, odorless, and shapeless. The dreams of your bourgeois who set up, as they express it: a pretty boudoir freshly decorated, violet, ebony and calico. Make way! Make way! the Sieur Curmudgeon is marrying Mademoiselle Clutch-penny. Sumptuousness and splendor. A louis d’or has been stuck to a candle. There’s the epoch for you. My demand is that I may flee from it beyond the Sarmatians. Ah! in 1787, I predict that all was lost, from the day when I beheld the Duc de Rohan, Prince de Léon, Duc de Chabot, Duc de Montbazon, Marquis de Soubise, Vicomte de Thouars, peer of France, go to Longchamps in a tapecu! That has borne its fruits. In this century, men attend to business, they gamble on ‘Change, they win money, they are stingy. People take care of their surfaces and varnish them; every one is dressed as though just out of a bandbox, washed, soaped, scraped, shaved, combed, waked, smoothed, rubbed, brushed, cleaned on the outside, irreproachable, polished as a pebble, discreet, neat, and at the same time, death of my life, in the depths of their consciences they have dung-heaps and cesspools that are enough to make a cow-herd who blows his nose in his fingers, recoil. I grant to this age the device: ‘Dirty Cleanliness.’ Don’t be vexed, Marius, give me permission to speak; I say no evil of the people as you see, I am always harping on your people, but do look favorably on my dealing a bit of a slap to the bourgeoisie. I belong to it. He who loves well lashes well. Thereupon, I say plainly, that nowadays people marry, but that they no longer know how to marry. Ah! it is true, I regret the grace of the ancient manners. I regret everything about them, their elegance, their chivalry, those courteous and delicate ways, that joyous luxury which every one possessed, music forming part of the wedding, a symphony above stairs, a beating of drums below stairs, the dances, the joyous faces round the table, the fine-spun gallant compliments, the songs, the fireworks, the frank laughter, the devil’s own row, the huge knots of ribbon. I regret the bride’s garter. The bride’s garter is cousin to the girdle of Venus. On what does the war of Troy turn? On Helen’s garter, parbleu! Why did they fight, why did Diomed the divine break over the head of Meriones that great brazen helmet of ten points? why did Achilles and Hector hew each other up with vast blows of their lances? Because Helen allowed Paris to take her garter. With Cosette’s garter, Homer would construct the Iliad. He would put in his poem, a loquacious old fellow, like me, and he would call him Nestor. My friends, in bygone days, in those amiable days of yore, people married wisely; they had a good contract, and then they had a good carouse. As soon as Cujas had taken his departure, Gamacho entered. But, in sooth! the stomach is an agreeable beast which demands its due, and which wants to have its wedding also. People supped well, and had at table a beautiful neighbor without a guimpe so that her throat was only moderately concealed. Oh! the large laughing mouths, and how gay we were in those days! youth was a bouquet; every young man terminated in a branch of lilacs or a tuft of roses; whether he was a shepherd or a warrior; and if, by chance, one was a captain of dragoons, one found means to call oneself Florian. People thought much of looking well. They embroidered and tinted themselves. A bourgeois had the air of a flower, a Marquis had the air of a precious stone. People had no straps to their boots, they had no boots. They were spruce, shining, waved, lustrous, fluttering, dainty, coquettish, which did not at all prevent their wearing swords by their sides. The humming-bird has beak and claws. That was the day of the Galland Indies. One of the sides of that century was delicate, the other was magnificent; and by the green cabbages! people amused themselves. To-day, people are serious. The bourgeois is avaricious, the bourgeoise is a prude; your century is unfortunate. People would drive away the Graces as being too low in the neck. Alas! beauty is concealed as though it were ugliness. Since the revolution, everything, including the ballet-dancers, has had its trousers; a mountebank dancer must be grave; your rigadoons are doctrinarian. It is necessary to be majestic. People would be greatly annoyed if they did not carry their chins in their cravats. The ideal of an urchin of twenty when he marries, is to resemble M. Royer-Collard. And do you know what one arrives at with that majesty? at being petty. Learn this: joy is not only joyous; it is great. But be in love gayly then, what the deuce! marry, when you marry, with fever and giddiness, and tumult, and the uproar of happiness! Be grave in church, well and good. But, as soon as the mass is finished, sarpejou! you must make a dream whirl around the bride. A marriage should be royal and chimerical; it should promenade its ceremony from the cathedral of Rheims to the pagoda of Chanteloup. I have a horror of a paltry wedding. Ventregoulette! be in Olympus for that one day, at least. Be one of the gods. Ah! people might be sylphs. Games and Laughter, argiraspides; they are stupids. My friends, every recently made bridegroom ought to be Prince Aldobrandini. Profit by that unique minute in life to soar away to the empyrean with the swans and the eagles, even if you do have to fall back on the morrow into the bourgeoisie of the frogs. Don’t economize on the nuptials, do not prune them of their splendors; don’t scrimp on the day when you beam. The wedding is not the housekeeping. Oh! if I were to carry out my fancy, it would be gallant, violins would be heard under the trees. Here is my programme: sky-blue and silver. I would mingle with the festival the rural divinities, I would convoke the Dryads and the Nereids. The nuptials of Amphitrite, a rosy cloud, nymphs with well dressed locks and entirely naked, an Academician offering quatrains to the goddess, a chariot drawn by marine monsters.

“Triton trottait devant, et tirait de sa conque Des sons si ravissants qu’il ravissait quiconque!”65 —there’s a festive programme, there’s a good one, or else I know nothing of such matters, deuce take it!”

While the grandfather, in full lyrical effusion, was listening to himself, Cosette and Marius grew intoxicated as they gazed freely at each other.

Aunt Gillenormand surveyed all this with her imperturbable placidity. Within the last five or six months she had experienced a certain amount of emotions. Marius returned, Marius brought back bleeding, Marius brought back from a barricade, Marius dead, then living, Marius reconciled, Marius betrothed, Marius wedding a poor girl, Marius wedding a millionairess. The six hundred thousand francs had been her last surprise. Then, her indifference of a girl taking her first communion returned to her. She went regularly to service, told her beads, read her euchology, mumbled Aves in one corner of the house, while I love you was being whispered in the other, and she beheld Marius and Cosette in a vague way, like two shadows. The shadow was herself.

There is a certain state of inert asceticism in which the soul, neutralized by torpor, a stranger to that which may be designated as the business of living, receives no impressions, either human, or pleasant or painful, with the exception of earthquakes and catastrophes. This devotion, as Father Gillenormand said to his daughter, corresponds to a cold in the head. You smell nothing of life. Neither any bad, nor any good odor.

Moreover, the six hundred thousand francs had settled the elderly spinster’s indecision. Her father had acquired the habit of taking her so little into account, that he had not consulted her in the matter of consent to Marius’ marriage. He had acted impetuously, according to his wont, having, a despot-turned slave, but a single thought,—to satisfy Marius. As for the aunt,—it had not even occurred to him that the aunt existed, and that she could have an opinion of her own, and, sheep as she was, this had vexed her. Somewhat resentful in her inmost soul, but impassible externally, she had said to herself: “My father has settled the question of the marriage without reference to me; I shall settle the question of the inheritance without consulting him.” She was rich, in fact, and her father was not. She had reserved her decision on this point. It is probable that, had the match been a poor one, she would have left him poor. “So much the worse for my nephew! he is wedding a beggar, let him be a beggar himself!” But Cosette’s half-million pleased the aunt, and altered her inward situation so far as this pair of lovers were concerned. One owes some consideration to six hundred thousand francs, and it was evident that she could not do otherwise than leave her fortune to these young people, since they did not need it.

It was arranged that the couple should live with the grandfather—M. Gillenormand insisted on resigning to them his chamber, the finest in the house. “That will make me young again,” he said. “It’s an old plan of mine. I have always entertained the idea of having a wedding in my chamber.”

He furnished this chamber with a multitude of elegant trifles. He had the ceiling and walls hung with an extraordinary stuff, which he had by him in the piece, and which he believed to have emanated from Utrecht with a buttercup-colored satin ground, covered with velvet auricula blossoms.—“It was with that stuff,” said he, “that the bed of the Duchesse d’Anville at la Roche-Guyon was draped.”—On the chimney-piece, he set a little figure in Saxe porcelain, carrying a muff against her nude stomach.

M. Gillenormand’s library became the lawyer’s study, which Marius needed; a study, it will be remembered, being required by the council of the order.

Translation notes[edit]

Textual notes[edit]

Citations[edit]