George Sand

Extrait d’une lettre à Laure Decerfz, mercredi 13 juin 1832

Pour les hommes de parti il n’y a que des assassins et des victimes. Ils ne comprennent pas qu’eux tous sont victimes et assassins tour à tour. Voir couler le sang est pourtant une horrible chose ! Découvrir sur la Seine au-dessous de la morgue un sillon rouge, voir écarter le foin qui recouvre à peine une lourde charrette, et apercevoir sous ce grossier emballage vingt, trente cadavres, ceux-ci en habit noir, ceux-là en veste de velours, tous déchirés, mutilés, noircis par la poudre, souillés de boue et de sang figé. Entendre les cris des femmes qui reconnaissent là leurs maris, leurs enfants, tout cela est horrible ; mais ce l’est moins encore que de voir achever le fuyard qui se sauve à moitié mort en demandant grâce, que d’entendre râler sous sa fenêtre le blessé qu’il est défendu de secourir et que condamnent trente baïonnettes. Il y a eu des épisodes affreux, féroces de part et d’autre. […] Ma pauvre Solange était sur le balcon, regardant tout cela, écoutant la fusillade et ne comprenant pas.

Excerpt of a letter to Laure Decerfz, Wednesday 13 June 1832

For the partisan men there are only assassins and victims. They don’t understand that they are all victims and assassins in their turn. And yet it is a horrible thing to see blood shed! To discover a red furrow in the Seine beneath the morgue, to see them spread the straw that barely covers a heavy cart, and to glimpse beneath this crude packaging twenty or thirty bodies, some in black coats, others in corduroy jackets, all torn, mutilated, blackened by powder, filthy with mud and dried blood. To hear the cries of the women who recognize their husbands there, their children, this is all horrible; but more horrible still is to see the end that awaits the fugitive who escapes half-dead while asking for mercy, to hear under your window the groans of the wounded man whom it is forbidden to save and who is condemned by thirty bayonets. There were horrible, ferocious episodes on both sides. […] My poor [daughter] Solange was on the balcony, watching all that, listening to the gunfire and not understanding.

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